La découverte d’un nourrisson dans l’église de Garance se propagea bien plus loin que les frontières du canton. Satine ne quittait plus la maison des Magani, y courant après l’école pour y voir le poupon. C’était une petite fille que le pédiatre à qui Charlotte l’amena, donna 4 mois. Une enfant en pleine santé qui n’avait pas été brutalisée. Satine l’avait appelée Lili, elle trouvait que ça lui allait bien, que c’était joli. Cyprien avait diffusé sa photo et les maigres informations qu’il avait à tous les commissariats, jusqu’aux départements voisins. Au bout d’une semaine, le mari de Charlotte parlait d’aller camper sous une tente dans le jardin et le bébé n’avait toujours pas été réclamé. L’enquête était longue et double. Les services de l’enfance n’avaient enregistré aucun accouchement sous X, la maternité de la ville voisine avait été épluchée. Une adjointe de Cyprien avait réussi à joindre tous les parents des enfants enregistrés à une date approximative entre trois à quatre mois. Mais chaque naissance avait été identifiée.
- Elle est pas tombée du ciel, cette gosse ! s’exclama Thomas alors qu’il en discutait avec Léonie.
- Ils finiront par la trouver, c’est peut-être le bébé d’une étrangère en fuite ou d’une ado qui a fugué après avoir accouché loin d’ici.
- Ben c’est pas du boulot ça, pauvre bébé, commenta Mila en avalant une bouchée de crumble aux fruits rouges.
Léonie soupira. Après la mort d’Alicia, maintenant ce bébé. L’atmosphère était décidément pesante à Garance. Elle avait passé des nuits à réfléchir à ce qui avait pu arriver à Alicia et son estomac la torturait car elle devait se rendre à la gendarmerie pour interrogatoire le lendemain. Cyprien et Charlotte avaient tenté de la rassurer sur ces formalités qui visaient avant tout à recueillir des informations qui, au premier abord, leur auraient peut-être échappé. Elle ne pouvait pas tout raconter sans trahir la confiance et l’amitié d’Alicia et l’idée de devoir étaler des choses qui lui étaient intimes la tourmentait.
Elle se rendit à la brigade dès le matin, le cœur battant la chamade. On ne faisait pas plus fidèle et dévouée que Léonie. Les gens qui la connaissaient savaient que leur confiance était bien gardée avec elle. Elle gardait tout, même Thomas découvrait parfois des choses des mois après elle. Elle entra dans le hall où Cyprien l’accueillit avec un petit sourire avenant. Il serait secondé par un policier et avant de commencer l’interrogatoire, il demanda à Léonie si elle avait une objection au fait que la conversation soit enregistrée. Elle hocha négativement la tête, de toute façon avait-elle le choix ? Elle avait fait le tri toute la nuit, entre ce qu’elle pouvait livrer et ce qu’il lui fallait absolument préserver mais elle craignait que son silence ne couvre les agissements de certaines personnes. Non pas qu’elle pensa que ceux-ci auraient eu recours au crime, mais c’était une manne d’informations qu’elle devait mettre de coté, pour préserver la mémoire d’Alicia et la vie du village. Lorsque Cyprien lui demanda si Alicia aurait pu être la mère de ce bébé, elle en resta soufflée.
- Ah non, ça c’est pas possible ! Je m’en serais aperçu ! On se voyait deux à trois fois par semaine et je vous jure qu’elle n’avait pas grossi, elle avait même perdu beaucoup de poids il y a quatre mois.
- Vous savez pourquoi ?
Léonie se sentit piégée mais se reprit très vite.
- Elle avait souffert de l’épidémie de gastro-entérite qui a sévi cet hiver. Et elle a eu quelques difficultés à s’en remettre, c’est tout.
- C’est tout ? Vous êtes sûre de ça ? Insista le coéquipier de la police en levant un regard inquisiteur vers Léonie.
- Tout à fait sûre ! affirma celle-ci avec aplomb.
Elle sortit de la brigade, essorée comme une vieille serpillière. Elle ne voulait pas leur cacher des faits qui auraient pu les mettre sur la piste du meurtrier de son amie mais le village était suffisamment à feu et à sang pour qu’elle en rajoute dans le pathos. Lorsqu’elle rentra chez elle, Mila l’attendait devant la porte.
- Maman, Maman, tu sais quoi ? Charlotte a trouvé comment s’appelle le bébé !
- Merveilleux ! Lui répondit-elle en pensant confusément que ça ne révolutionnerait pas l’enquête.
Thomas avança sur le palier et à l’air qu’il avait, Léonie sentit que quelque chose n’était pas normal.
- Et comment s’appelle cette petite poupée ? Ajouta t-elle à l’intention de sa fille.
Mais ce fut son mari qui lui répondit :
- Charlotte a remarqué que la gourmette autour du poignet du bébé avait un petit cache qui dissimulait une double plaquette, sur la première il n’y avait rien de gravé mais sur la deuxième…
- Et bien quoi ? S’impatienta Léonie que le prénom de cette enfant ne pouvait émouvoir après une mini garde à vue légèrement traumatisante. Elle s’appelle Cunégonde ou bien ? Ajouta t-elle avec humour.
- Nan, dit Mila. Cloé, elle s’appelle Cloé ! C’est mignon, j’aime bien moi.
Abasourdie, Léonie en lâcha son sac à mains sur le parapet et regarda Thomas qui semblait ne plus savoir quoi penser.
Les autographes