Vous connaissez probablement ce superbe film, primé à Cannes avec une démonstration de spontanéité de son réalisateur qui a marqué les annales.

Résolument optimiste Roberto Benigni, il fera tout pour soustraire son petit garçon aux horreurs du camps dans lequel ils sont enfermés et transformera celui-ci en terrain de jeu afin que l’enfant ne souffre pas de sa condition de prisonnier. Ses pitreries lui coûteront la vie, le jour même de la libération des camps. Mais il aura sauvé son petit qui retrouvera sa mère.
Avez vous déjà pensé à la suite ? L’enfant grandit et apprend le sacrifice de son père.
Si vous étiez cet enfant là ? Que penseriez vous ?
Cet enfant a t-il eu réellement la notion du danger qui le menaçait malgré le conte que son papa lui raconte en permanence, déployant des trésors d’ingéniosité pour transformer une réalité barbare en jeu de cache cache amusant ?
Il suffit de voir les dernières minutes du film pour comprendre que le petit sait qu’il y a un danger véritable à sortir de la cachette où il se trouve et son regard sur les décors et les soldats n’est pas naïf.
Son père a juste transformé sa réalité pour qu’elle soit plus facile à supporter mais comment se construira t-il, plus tard, en découvrant que tout ceci n’avait rien d’un jeu ?
Ce film est un chef d’œuvre d’optimisme. Mais croyez vous qu’il faille tout cacher aux enfants ? Pensez vous qu’ils sont dupes, qu’ils décrètent de ne pas ouvrir les yeux ?
Non, les contes de fées n’existent que dans les livres et cet enfant qui survit grâce à l’imagination débridée de son papa pensera t-il un jour que si le jeu s’était arrêté à temps, son père et lui seraient tous les deux vivants ? Probablement, fatalement…Une pitrerie de trop a coûté la vie à son père, parce qu’il voulait que son fils ne voit pas le drame qui se jouait et qu’il a poussé le jeu si loin qu’il en est mort. Etait-ce nécessaire à ce point ?
Voyez comme l’enfant se cache et se méfie de ce jeu grandeur nature qui lui paraît un peu trop réaliste pour lui ! Il reste longtemps, très longtemps dans sa cachette, attendant l’autorisation paternelle pour en sortir mais celle-ci ne viendra jamais.
Et il faudra bien qu’il en sorte, évolue dans ce décor de tristesse et de drames, seul, sans son compagnon de jeu.
Je connais bien ce sentiment, « La vie est belle » résolument. Petit prince ou princesse de parents affairés à transformer l’existence en paradis, lorsque la réalité leur saute aux visages, ils ne sont pas armés pour s’y confronter.
La réalité de la vie est un terrain de jeu nécessaire pour apprendre, se défendre et se construire, à quoi cela sert il de mentir ?
Mentir pour ne pas leur faire subir ce qu’enfants ses parents ont vécu ?
Mentir pour embellir et offrir un avenir plus léger, plus doux, plus rassurant ?
Mentir pour s’excuser de leur avoir donné une vie qui n’est pas si rose ?
Mentir pour oublier sa propre enfance déchirée ?
Mentir sur la vérité en pensant protéger ?
Et avec le mensonge légitime, croit on, suit la cohorte des non-dits, des faux semblants, des boniments.
Mentir par amour…
J’étais cette enfant là, heureuse et choyée, à qui on ne disait pas que la vie peut vous blesser, vous enlever ceux que vous aimez, vous écorcher, à qui on n’a toujours caché la vérité qui fait mal et les chocs n’en ont été que plus violents.
Je rends hommage à mes parents qui ont cru que cette protection me blinderait dans la jungle de la vie et qui l’ont fait par amour infiniment. Je ne sais pas moi même ce que je ferai avec mes enfants si j’en avais mais ce que je sais c’est que je n’ai pas eu les armes pour me défendre contre les affres de la jungle dans laquelle il faut évoluer. J’ai pensé que la vie était un paradis, entièrement dédiée à mon bonheur mais quand celui-ci s’est transformé en cauchemar, je n’ai d’abord rien compris, tellement que je me suis enfermée dans mes rêves pour le reconstruire petit à petit désespérément, qu’il revienne, dans mes cahiers d’adolescente, puis j’ai fini par accepter et commencé à forger mes armes pour lutter.
Mais ce que je sais, c’est que l’amour dont j’ai été entourée m’a permis de ne jamais perdre de vue une chose qui m’a portée : reste bon, aimant, ne juge pas, construis sur les fondations d’une enfance dorée et maintenant je sais que ce qui me reste de plus précieux et dont je leur serai éternellement reconnaissante c’est l’immense amour qui m’a ouverte au monde et qui me fait toujours entrevoir l’espoir dans ce qui m’entoure. Si je ne sais pas me consacrer à moi même, je veux pouvoir être une pierre pour le bonheur des autres, c'est déjà ça...
Tu vois, me direz- vous, toi aussi, tu penses aux autres avant toi même.
Oui mais je ne leur mens pas, je connais une petite fille qui grandit, qui se rend compte qu’aimer ne suffit pas, qu’en face d’elle les autres ne sont pas comme elle, qu’aimer n’est pas un gage de retour et qui parfois a l’air bien triste de ne pas tout comprendre. Mais elle a, comme moi je l’ai eue, l’image et la force de l’amour de ses parents et pour cela, elle est plus armée que je ne l’étais car elle fait preuve d’une lucidité étonnante et elle sait ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Elle est sur le tremplin de sa vie et hésite encore à entrer dans la jungle qui l’attend mais elle ne la fuit pas alors que j’étais recroquevillée sur moi même.
Tout ça pour dire :
Ne mentez pas aux enfants
Ne leur faites pas croire ce qui n’est pas
Ne leur donnez surtout pas l’illusion que tout va bien
Ne jouez pas la comédie du bonheur, ce serait pire que de leur dire la vérité
Ne les sous estimez pas, qu’ils soient petits ou grands
Ne les prenez pas pour ce qu’ils ne sont pas
Aimez les de tout votre être comme vous le faites mais la scène de leur vie ne peut se nourrir de parodies. Ils lisent entre les lignes, ils interprètent et copient.
Les enfants que nous sommes ne demandons pas le sacrifice de nos parents, ils nous ont donné la vie, cela ne les rend pas responsables de ce que nous en ferons, seul l’amour qu’ils nous donnent nous portera sur leurs ailes et même si nous faisons un pas de coté, nous reviendrons toujours au sein de ce qui nous a baigné, l’amour, il n’y a que ça de vrai et de ça, un enfant n’en doute jamais.
LA VITA E BELLA….
Plume