A chaque jour, un peu plus loin
Mais pour l'heure, je prends ce que je reçois, même si c'est infime même si ça ne suffira pas, mais chaque marque, chaque présence, presque chaque mot à une valeur et un sens pour moi.
Le sourire d'un enfant, son affection, les regards échangés, les mots même s'ils sont inutiles, une espèce de solidarité qui fait que le temps passe même difficilement.
A chaque jour, un peu plus long
Parce que l'attente, ce n'est jamais bon, parce qu'on redoute plus qu'on ne patiente, parce que ce qui vient n'est pas voulu ni espéré mais on ne vit que dans une lourdeur usante, parce que certains fatiguent dans leur lâcheté et leur débilité...
A chaque jour, un peu plus d'émotion.
Parce qu'on est plus réceptif lorsqu'on est tremblant, parce qu'on semble entendre tous les mots pour s'enivrer le plus longtemps possible, parce qu'on retient ce qui est au fond, parce qu'on sait que nos propres fantômes reviennent inexorablement.
A chaque jour, un peu plus lent
Comme si le temps s'était arrêté, comme un souffle retenu, comme les aiguilles d'une horloge qui ne bougent plus, comme des jours qui s'allongent sans être vécus, comme si le reste du monde ne vous comprenait plus.
A chaque jour, un peu d'ignorance
Quand, comment, pourquoi, et si, vers quoi, demain, aujourd'hui, plus tard, oui, non, pourvu que, si seulement...
A chaque jour s'en contenter
De ce qu'on reçoit, de ce qu'on peut encore donner et s'en contenter, oui apprendre à s'en contenter...
A chaque jour, beaucoup d'amour
A transmettre,
A faire passer,
A serrer,
A récupérer,
A donner au centuple pour remercier, pour respecter, pour rendre hommage, pour reconnaître la bonté là où elle est, pour s'incliner devant le courage,
A dire pour se rassembler, pour s'entre-aider, même sans contact même empêché
A prendre dans la solidarité, à prendre même plus petit qu'une bouchée, pour s'y appuyer et ne voir que lui afin de ne pas tout lâcher.
A retrouver alors qu'on pensait qu'il s'enfuirait...
A ceux qui peuvent me trouver impudique, je dirai que je ne suis qu'une gratte papier et que c'est ma seule façon de m'exprimer même si on ne m'a rien demandé, c'est ma thérapie aussi, en ces jours de grande fatalité, où nos angoisses sont exacerbées.
Plume