Je n’ai pas choisi d’aimer, c’est venu tout seul comme une lame de fond qui ravage tout sur son passage, qui inonde, qui suffoque, dont la gestation était longue et secrète à l’insu de ma propre conscience,
Et puis une main s’est tendue au moment où je n’y pensais même plus...
Je n’ai pas choisi, j’ai laissé aller après avoir tenté par trois fois de résister, quelqu’un a dit « tomber sept fois, se relever huit ».
Je n’ai pas choisi et la danse m’a emportée, pour quelques pas sur un plancher ciré, puis la musique s’est arrêtée. La salle de bal a plongé dans l’obscurité, les vitres des fenêtres ont éclaté, le froid de la nuit est rentré et je me suis dit que peut-être j’avais simplement rêvé.
Je n’ai pas choisi le calvaire qui m’attendait, j’étais tellement sûre de moi, sûre de déplacer des montagnes avec ma foi, sûre que rien ne ternirait mes croyances, ma confiance car même lorsque les musiciens ne jouent plus, les étoiles brillent toujours au dessus des toits des salles de bal, après la fête. Mais c’était un chemin de croix qui s’ouvrait devant moi avec des ornières que je n’imaginais pas, des règles imposées impossibles à contourner auxquelles aucune loi ne me permettait de déroger.
Je n’ai pas choisi, je n’en ai pas les moyens et il faut assumer, encore et encore, alors qu’au fond de moi tout dit le contraire, je dois laisser les portes ouvertes et le sourire à l’envers.
Je n’ai pas choisi de stratégie, je ne sais pas faire ça. Je m’étiole, me consume, un peu plus chaque jour, le poids fait plier mes épaules et il me faut de plus en plus de temps pour récupérer des coups assénés. Parfois, j’en oublie même de respirer… Pas facile de continuer à briller...
Je n’ai pas choisi d’évoluer sur cette scène de théâtre où un metteur en scène drastique ne dit jamais « Coupez ! » où les répétitions s’enchaînent le jour et la nuit sans répit.
Je n’ai pas choisi les évènements de cette vie, celui qui m’a enlevé mon guide, mon ami, celui qui me demande d’assumer la famille et les soucis, celui qui bouleverse l’organisation de la vie, celui qui me demande de tenir encore et qui, ironique paradoxe, me tient debout même si mes forces s’amenuisent petit à petit.
Je n’ai pas choisi, pour la première fois de ma vie, de préférer l’automne au printemps, de désirer le sommeil plutôt que le mouvement, de refuser les vacances au profit du travail pour oublier et avancer même si celui-ci me courbe le dos jour après jour. Il ne me reste que lui, pour celui qui est parti, pour avoir une utilité tout au long de ces jours çi, et cela même si confiante je marche sur la margelle d’un puits que quelqu’un savonne les jours de pluie.
Je n’ai pas choisi mais ne vous leurrez pas, si je devais le refaire, je recommencerais, même si le chemin devenait plus escarpé, même si il fallait tout revivre, je recommencerais.
Je n’ai pas choisi d’être résolument confiante avec mes congénères, mais si vous m’entendez crier, même en silence, exploser contre celui ou celle qui prendra pour tout ça alors qu’il ou elle n’a rien à voir avec ça , expliquez lui que je ne l’ai pas choisi, mais que si je ne parviens pas à retrouver un peu de sérénité, il ou elle paiera pour tout ce qui m’a amenée jusque là. Surtout qu’il ou elle ne m’en veuille pas, qu’il soit, ami ou ennemi, personne n’est tout blanc ni tout noir et la vie se charge bien mieux que moi, de remettre sur la bonne voie.
Vous n’y croyez pas ? Moi si, ça au moins, je l’ai choisi…
Plume