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Jeudi 10 mai 2007

Gisèle Carmi était entrain de peler des pommes de terre dans sa cuisine lorsque Thomas et Léonie frappèrent à la porte. Elle les accueillit avec ces mots :

-         C’est épouvantable ce qui se passe à Garance en ce moment… Epouvantable.

-         Ouais, dit Léonie en relevant les épaules comme elle faisait toujours quand elle voulait faire croire qu’elle tenait bon. Et j’ai l’impression que ce n’est pas fini…

-         Satine est allée chez Aristophane, dit Gisèle en jetant les pelures qui jonchaient la table. Il est venu voir comment elle allait. Elle me donne bien du souci en ce moment, j’ai parlé avec elle tout l’après-midi et j’ai bien vu qu’elle me cachait quelque chose…

-         A cet âge, c’est pas évident, dit Thomas.

Léonie accepta le café que lui proposait son amie. Elle tourna sa tasse dans ses mains plusieurs fois avant de raconter l’intervention de Lucy Mayeur devant la mairie.

-         Cette vieille folle est fatigante, dit Gisèle qui coupait à présent du persil, cherchant manifestement à occuper ses mains autant que son esprit.

-         Les gens parlent de suicide, j’aurai dû être plus vigilante… pensa tout haut Léonie.

-         Ne commence pas à culpabiliser, lui dit Thomas. On ne sait rien encore, la police va enquêter.

Léonie soupira et croisa les bras, elle sentait un grand froid en elle avec la perte de son amie, et des flash-back envahissaient ses pensées à tout instant.

 

 

Cyprien et Charlotte entrèrent dans l’église alors que l’obscurité du soir envahissait déjà les lieux. Le Père Costier vint à leur rencontre et leur serra vigoureusement la main ce qui surprit le maire mais elle ne releva pas cette soudaine chaleur dans cet échange de salut.

-         Qu’est ce qui est si urgent, Mon Père ? demanda Cyprien.

-         Je ne sais pas si cela a quelque chose à voir avec la mort d’Alicia Fairise mais… Venez voir…

Ils le suivirent dans la nef et regardèrent le doigt qui leur montrait les tâches sur le sol.

-         Je n’ai jamais vu ça, regardez !

Il leur montra le visage de l’ange ensanglanté, Charlotte réprima un frisson. Le village de Garance vivait deux décès en moins de trois mois et elle ne se sentait pas d’en débattre avec l’au-delà.

-         Et la vieille Lucy Mayeur m’a dit qu’Alicia était morte avant même que vous ne nous l’appreniez, dit Sagamore, visiblement troublé.

-         Vous savez pourquoi il arrive des choses comme ça ? dit une voix qui venait du fond de l’église.

Ils se retournèrent tous les trois. C’était Baptiste qui les avait suivis et avait entendu leur conversation.

-         Pourquoi ? Vous le savez vous ? demanda Sagamore, reconnaissant un des païens les plus convaincus du village.

-         Oui, je le sais. Parce que vous avez refusé votre église à un défunt et parce que vous choisissez ceux qui ont le droit d’applaudir dans ce lieu dit saint !

-         Baptiste… murmura Charlotte, trouvant que l’heure n’était vraiment pas aux règlements de compte.

-         Je n’ai rien refusé, j’ai simplement suivi les consignes, voulut se défendre Sagamore en rougissant violemment à l’évocation de cet incident, survenu lors du décès d’Emilien Cépa, maire du village.

-         Ben voyons ! s’emporta Baptiste. Vous ne savez rien du respect, du pardon, du partage, vous ne savez qu’écrire des mots que vous ne savez même pas lire et dont vous ignorez jusqu’à la signification ! Et vous enseignez à des enfants !

-         Baptiste ! dit un plus plus fermement Charlotte. Nous sommes là pour Alicia.

-         Oui, et Alicia n’est plus là, dit Baptiste en prenant appui sur ces deux jambes. Alors, que cet ange pleure ou pas, qu’est ce que ça change ? Hein ?

Il tourna les talons et s’éloigna rapidement vers le fond de l’église.

-         Il en a gros sur le cœur, on dirait… dit Cyprien, notant au passage qu’il lui faudrait penser à rendre une petite visite à cet homme révolté.

-         Bon, qu’attendez-vous de nous, Monsieur le Curé ? demanda Charlotte, afin de ne pas perdre le fil de la discussion.

-         Je ne sais pas, avoua Sagamore en levant puis laissant retomber ses bras.

-         Nous allons venir faire des prélèvements pour analyse, dit Cyprien. En attendant, je dois monter en ville. Le légiste a peut-être quelques premières conclusions à me communiquer.

Ils sortirent tous les deux de l’église et ne croisèrent pas âme qui vive. Charlotte s’engouffra dans sa voiture et apprécia de voir sa maison allumée en se garant devant chez elle. Elle vit Satine qui rentrait de chez Aristophane et lui fit un petit signe amical mais la jeune fille ne sembla pas la voir, plongée dans ses pensées.

par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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