L’ironie, parfait ! J’ai encaissé, comme un boxeur sur un ring, jusqu’au K.O. final et puis le sac de larmes a crevé comme une baudruche, comme une arcade sous l’uppercut. Tellement gonflé qu’il a tout inondé, jour et nuit, une éternité et puis enfin il s'est vidé...
L’indifférence, ok ! J’ai glissé, comme un fantôme dans un château hanté, j’ai vu les regards me transpercer comme si j’étais transparente, vide, effacée, comme un néant sidéral. J’ai continué d’exister, derrière mon masque invisible, enfin j’ai essayé…
La cruauté, bien fait ! Je n’ai même pas moufté, comme le soldat qu’on abat sous la grenaille, j’ai senti mes veines s’ouvrir, mon sang couler aussi brûlant que la lave d’un volcan, j’ai vu mes mains chercher à l’arrêter et ma peau griller sous le feu des attaques répétées. Je sais maintenant la douceur de la rémission…
Les sarcasmes, adjugé ! Je les ai lus et je n’y ai pas cru. J’ai demandé qui était l’auteur d’un tel parjure, qui avait transformé un être humain en horreur de la nature. J’ai pris une gomme et je me suis acharnée à les effacer de mon esprit blessé. Mais le papier s’est froissé, s’est déchiré et ils étaient toujours ancrés en moi . J’ai pris l'indélébile pour tout griffonner, mais l’encre sur mes doigts s’est gâchée. Je n’avais pas de feu pour tout brûler…
Le manque de respect, cassé ! L’alternative : ni pute, ni soumise mais quoi alors ? Enfermée dans une prison aux règles immuables, pas moyen de se défendre, de résister, d’arrêter les hostilités. Et quoi faire de toute façon ? Le respect se mérite mais ne s’achète pas et comme je ne vaux rien, de toute façon…
Le coup de poignard, stoppé ! J’ai réussi à l’éviter, par un coup du sort, l’instinct de survie peut-être, utilisant ce qu’on m’avait appris, le paroxysme d’une leçon appliquée à la lettre. Je n’y avais jamais pensé. Pour la première fois, j’ai esquivé…Et ma tête s’est redressée, un peu moins près du sol, elle était…
Le drapeau blanc, demandé ! Mais muet, sans courage, sans hommage. Je ne refuse pas la paix mais j’ai un peu de force pour dégainer. Alors je m’arme aussi d’indifférence, c’est ma seule chance. Avant que, rangé dans son étui cuivré, je n’admette que mon colt n’est pas chargé…
Le silence, récupéré ! Pour moins souffrir, pour ne plus demander pitié, pour ne plus prier, implorer, à genoux, ce monde qui me secoue. Cœur enfermé, à triple tour dans une armure blindée, intouchable et secret. A qui j’intime de se taire, de ne plus battre, ne plus cogner...
L’incohérence ? Je sais, j’attends un cadeau enrubanné, empoisonné, prêt à exploser à peine déballé, comme le détonateur de l’horreur, pour me défigurer, me démembrer, faire de moi un pantin abandonné. Mais je le veux, encore un peu...
Pourquoi ? Parce que c’est une lettre d’excuses, excuses que je trouverai, marchant au pas, comme des hordes de légions, sans mine pour les arrêter, armées de blindés, inexorables, imperturbables.
Ne me laissez pas retourner dans les tranchées, il y fait si froid, le sol est glacé, le sang baigne mes pieds et les larmes déchirent les plaies qui ne cicatriseront jamais.
Mais sachez que quoi qu’il advienne de cette guerre involontaire, aveugle, sourde, mutilée, à terre et prête à tout lâcher, je prendrais ce cadeau que tout l’or du monde ne saurait m’acheter...
Plume