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Jeudi 31 mai 2007

Pas

Certains me demandent pourquoi je n’agis pas, pourquoi je ne dis pas ce qui me pèse à la personne qui devrait l’entendre…

C’est facile et compliqué à la fois,  je n’ai :

 

 

Pas le temps : jamais le bon moment, une minute à peine ou trop de monde sur la scène.

Pas l’envie : des jours non, des jours oui, des jours tremblante, des jours battante.

Pas la place : jamais au bon endroit et pas d’autre choix.

Pas le courage : une porte claquée, un sarcasme, une ironie, non merci.

Pas l’écoute : parler dans le vide, parler pour rien, boucher les oreilles et partir en courant.

Pas le droit : de toute façon on ne me le donne pas et le prendre serait une violence.

Pas le moyen : ni écrire, ni appeler, ni email, ni sms, handicapée.

Pas la confiance : trop d’importance et trop impliquée, pas de sortie, pas d’entrée. Cernée.

Pas le choix : sans tomber plus bas, rien n'est pire qu'un aveugle qui veut le rester.

Pas la peine : no comment…

Plume désarmée

Par Plume - Publié dans : Griffesdeplume
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Mardi 29 mai 2007

Croire, croire, c’est bien naïf, mais ne pas croire l’est aussi...

Je ne peux pas croire en ce que je vois, je ne peux pas comprendre ce qui se passe en si peu de mois, ce qui change les gens, ce qui transforme un ange en démon, ce qui fait de l’amour un conflit dans le silence.

 

 Je ne peux pas croire que c’est ainsi, que tout finit, que c’était la seule issue définie, si j’avais su, Mon Dieu si j’avais su, je n’aurai jamais grandi. Je serai restée naïve, loin de tant de passion furtive, loin de la déraison, loin de cette douleur pesante et lancinante qui vous prend et vous ronge en dedans lorsque les bras qui me serraient, les mots qui me touchaient, la douceur qui m’enveloppait, ne deviennent que lâcheté, poignard et froid glacé.

 

 Je ne peux pas croire que tout a changé, que tout ce que j’ai donné, du plus profond de mon âme, ait été piétiné, comme un mouchoir de papier que l’on jette après les larmes essuyées. C’est comme une révolte qui gronde, un cri qui hurle du fond de mon cœur, qui pense en s’arrachant de mes poumons, en extirper la douleur. Mais j’ai tout  rencontré, les larmes, le sommeil qui ne vient plus ou les cauchemars qui le polluent, les cris, les fous rires et tout me ramène à ce que je suis devenue : une ombre, un tas de poussière, un fou qui rampe, la bouche pleine de terre.

  

 

Ce qui m’a fait renaître, décrocher les étoiles, voir les lumières qui dansent au firmament, donner une force de titan. Ce qui m’a envolé, fait danser, touché du doigt le paradis, m’a repris la vie, m’a rendu la mort la seule issue, pour ne pas voir cette grimace que je ne supporte plus, cet être décharné, qui fait pitié, qui se traîne pour avancer, que l'on traite plus bas que terre, infâme, inutile, abandonnée, jetée à l’écart recouverte d’un sac poubelle, détritus à oublier, baignant dans des larmes amères dont on se fout. Tas de poussière, tas de boue…

   

 

Je ne peux pas croire qu’on m’ait menti, de bout en bout, que rien n’était vrai, que j’étais déjà condamnée, même avant ça. Qu’on ne me respecterait pas, on m’a dit le contraire, on m’a dit savoir que les chagrins du cœur torturaient, qu’on ne me ferait pas subir ce par quoi on était passé, que rien n’était jamais fini quand le cœur mène une vie, qu’on serait là pour moi, que je ne serais pas seule avec tout ça, que je pouvais avoir confiance.

   

 

Et tout cela n’était que mensonges, balivernes et sarcasmes. Que je pleure, que je saigne, que j’ai peur, que je prie, je n’existe plus. Je ne suis plus rien, une ombre à oublier, un nom à effacer, et que je tombe sans me relever, tout ça n’a pas d’importance, il est la parfaite innocence. Que je finisse sur le pavé, naufragée ou noyée, rien ne le fera se retourner, la page est tournée. Je n’avais pourtant rien demandé…

   

 

Je ne peux pas croire à ce cauchemar, qui chaque jour un peu plus, me pousse au fond d’une abîme incongrue. Je ne suis plus aussi convaincue que je vais me réveiller, je ne fais même plus la différence entre le rêve et la réalité. De quoi est il né ? Pourquoi est ce ainsi devenu ? J’ai marché à l’ombre, sans faire de bruit, encaissant tous les coups sans jamais crier  et c’est enfin, quand à bout de force, j’ai demandé pitié -sans oublier "s’il te plaît" - que le pire s’est déchaîné.

  

Ne me quittez pas des yeux... 

 

Je me sens prête à vous renier, à m’endormir longtemps pour oublier, à ne plus vous rendre vos sourires policés, à vous dire ce qu’on m’a fait, à détester l’été, à ne plus faire semblant, à ne plus être celle que vous connaissez.

   

 

Je ne peux pas croire que la vie m’ait aussi vite repris ce qu’elle m’a donné en infime partie. C'est impossible, inconcevable, inacceptable, hors de mon entendement... Qu'ais-je fait pour en arriver là ?

Ne me lâchez pas la main, ne me lâchez pas des yeux...

Vous êtes ma seule chance, si je veux traverser cet enfer de damnés…. Je voudrais croire à nouveau, si ce n'est pas trop tard mais hélas, il vous faudra déployer des trésors d'ingéniosité avant que je ne crois un seul  des mots que dorénavant vous direz...

N'essayez pas, vous vous fatiguerez avant moi et je ne peux vous entraîner où moi j'ai mis les pieds...

Plume

Par Plume - Publié dans : Griffesdeplume
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Lundi 28 mai 2007

Regardez comme je donne le change

 

 

Chaque jour qui vient, vous me voyez chaque matin,

Pour vous, je suis la même mais je suis un pantin,

Je salue, je parle, je souris, je réfléchis,

Je travaille, je suis dans ces choses qui font la vie

Mais au fond de moi, je ne suis déjà plus là.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

J’imagine, je dessine, je donne mon avis,

Même quand ce n’est pas vraiment permis,

J’écris sur les lignes, je réponds au téléphone,

Et tout semble normal à vous, grandes personnes,

Mais au fond de moi, je suis dans l’enfer de l’effroi.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

Je peux même vous faire sourire, continuez à vous suivre,

Je lis, j’écris, je compte, je construis, sans faiblir,

J’observe pour gérer, j’écoute pour évaluer,

Mais au fond de moi, à vous, je ne pense même pas.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

Je sais m’organiser, donner la réplique, me rebeller,

Vous contredire, vous rassurer, rechercher des week-end égayés,

Vous me voyez bien assise alors que je ne suis que soumise,

Car au fond de moi, le soleil s’éteint déjà.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

Je compte des billets, sans savoir rendre la monnaie,

Je suis une marionnette aux fils cassés, un pantin de papier

Vous me croyez sur vos pas,

Mais au fond de moi, l’encéphalogramme est plat.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

Je mange et je bois, naturelle, je lis vos nouvelles

Normale, je me balade dans vos festivals

Je parle avec vous et j’entre dans vos bals

Mais au fond de moi, c’est juste un froid glacial

 

 

 

 

Regardez comme je donne le change

Alors qu’au fond de moi, se meurt Un Ange…

Plume

Par Plume - Publié dans : Griffesdeplume
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Lundi 28 mai 2007

Léonie tournait dans sa maison, elle avait écumé tout internet sans avoir trouvé trace de Nathan. Elle avait en revanche récupérer les coordonnées de sa sœur mais elle ne s’entendait pas du tout avec celle-ci et il lui était impossible de passer par là pour trouver le journaliste. Elle enrageait sur cette dernière hypothèse qui lui semblait, hélas, être sa seule chance lorsque Charlotte sonna à la porte. Elle laissa là ses recherches, remisant son enquête à plus tard et rejoignit le maire de Garance sur le palier de sa maison.

 

-         Ca y est, dit elle presque soulagée à sa conseillère. Ils ont trouvé une famille d’accueil pour la petite Chloé.

 

-         Un poids en moins, acquiesça celle-ci. Tant mieux.

 

-         C’est bête à dire, mais ça me fait presque de la peine de leur laisser.

 

-         Les services sociaux s’en s’occuperont correctement. Ne t’inquiète pas.

 

Elle faillit demander à Charlotte si elle savait où trouver Nathan mais, les deux pieds sur le frein, elle referma la bouche sans rien ajouter.

 

Lorsque Satine apprit la nouvelle, elle courut chez Charlotte mais le bébé n’y était déjà plus. La jeune femme remarqua la tristesse de l’adolescente qui ne dit mot et prétexta des devoirs à faire pour rentrer plus vite. Elle croisa Ari, jamais très loin, lorsqu’il la voyait sortir de chez elle. Il tenta de la réconforter mais en vain. Elle se mura dans un mutisme obstiné et refusa de répondre à ses questions. Elle rentra et s’enferma dans sa chambre sous l’œil étonné de sa petite sœur. Dans la nuit qui suivit, Gisèle Carmi crut entendre du bruit dans la chambre de la cadette mais en traversant le corridor, elle remarqua que les chuchotements venaient de la chambre de Satine. Elle tenta d’écouter ce qui semblait être une conversation mais ne put saisir que des bribes inaudibles. Elle frappa doucement à la porte et aussitôt les voix se turent. Elle insista et Satine répondit d’une voix endormie :

 

-         Moui ?

 

-         Excuse moi, ma chérie, mais j’ai cru entendre du bruit ? Tu écoutes de la musique ?

 

-         Un peu pour m’endormir, j’ai du mal à trouver le sommeil…

 

-         Ok, essaie de lire, ça vaudrait mieux. Bonne nuit.

 

Gisèle retourna auprès de son mari avec une idée fixe dans la tête : elle était certaine que ce n’était pas des notes de musique qu’elle avait entendues.

 

Cyprien Antinace n’aimait pas la tournure que prenaient les évènements. Le médecin légiste piétinait et avait toutes les peines du monde à trouver la cause de la mort d’Alicia Fairise. Il disait ne pas comprendre. Il envisageait même d’envoyer le corps à Paris où ses collègues, aguerris à des morts violentes de tout acabit, seraient peut-être plus perspicaces que lui. A Garance, l’ambiance était à la peur. Tout le monde ne parlait que de ça et du bébé orphelin. Sauf Lucy Mayeur qui continuait à se rendre au cimetière pour psalmodier des phrases incompréhensibles sur la tombe d’Emilien. Marius Descimes, quant à lui, revint de son interrogatoire à la police, de plus en plus perplexe. On lui avait demandé s’il avait remarqué des visites inhabituelles chez Alicia ces derniers mois, s’il connaissait ses fréquentations, et enfin, chose étrange, s’il avait récupéré Mine, le chat. Il avait répondu, débonnaire, se risquant à faire de l’humour ce qui n’avait pas forcément plu au chef de la brigade qui trouvait cynique et suspect de plaisanter sur un tel sujet. Ils avaient terminé leur questionnaire à choix multiple en lui demandant ce qu’il pensait de Baptiste Gun. Stupéfait par cette demande, il avait assuré ne pas le connaître, sauf de réputation et le trouvait provocateur et instable mais sans avoir le profil d’un psychopathe. Il était rentré chez lui, troublé et songeur.

 

Lucy Mayeur ouvrait ses persiennes lorsqu’elle vit le visage diaphane de Satine qui cherchait à l’apercevoir dans sa cuisine. Elle lui ouvrit et vit entrer avec elle un chat tigré aux prunelles vert d’eau.

 

-         C’est Mine, dit Satine dans un souffle. Elle est venue gratter à ma fenêtre la nuit dernière. Depuis elle me suit partout…

 

La jeune fille semblait mal à l’aise et effrayée. Alors que Lucy lui avait toujours fait peur, elle ne trouvait de réconfort qu’auprès d’elle à présent. La vieille femme, couplant l’instinct du renard avec l’acuité d’une chouette, essayait de tranquilliser cette enfant qui découvrait une facette inquiétante de la vie.

 

-         Est ce qu’Alicia est venue te rendre visite cette nuit ? demanda t-elle en lui préparant un chocolat chaud à la cannelle.

 

-         Oui… répondit Satine, dans un murmure. Elle m’a dit de ne pas avoir peur, que je ne courais aucun danger, qu’au contraire elle veillait sur moi. Elle m’a dit que Cloé allait revenir…

 

-         Je vois… dit Lucy en essuyant ses mains calleuses sur un vieux tablier sans couleur.

 

-         Elle t’a dit ce qui la tourmente ? renchérit-elle.

 

Satine leva la tête.

 

-         Non ? Pourquoi ?

 

-         Parce que si Alicia ne passe pas de l’autre coté, c’est que quelque chose la retient ici et il faut que nous l’aidions au plus vite à régler ce qu’elle n’a pas eu le temps de faire.

 

-         Pourquoi ? répéta Satine, ahurie.

 

-         Parce que, plus elle reste, moins c’est bon pour elle. Elle ressens encore des sentiments humains, comme la colère ou la peur, ou la tristesse et bien qu’elle ne te veuille aucun mal, il faut qu’elle puisse partir comme elle en a le droit.

 

-         Mais qui la retient ici ?

 

-         Si seulement je le savais… ce serait trop simple… Et Emilien qui ne me dit rien, le sacripan ! lâcha t-elle sans réfléchir.

 

-         Parce que… parce qu’Emilien Cépa est toujours là aussi ? Il a des choses à finir ? demanda Satine effarée.

 

La vieille femme regretta d’en avoir tant dit et leva une main qu’elle agita devant les yeux de la jeune fille.

 

-         Peu importe, ceci n’est pas ton problème, c’est le mien. Il faut d’abord qu’on s’occupe d’Alicia.

 

-         Mais si vous dîtes qu’Emilien pourrait vous dire quelque chose c’est que les deux affaires sont liées ?

 

Lucy Mayeur lui jeta un regard en biais. Elle comprit que l’adolescente était plus intelligente et moins naïve qu’elle ne l’aurait cru.

 

C’est une hypothèse. C’est tout, dit elle en balayant ses dires d’un revers de bras. Finis ton chocolat et file ! Ta mère va s’inquiéter.
Par Plume - Publié dans : Les ailes de l'Ange
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Vendredi 25 mai 2007

Bonjour, ça va ?

N’est ce pas un lieu commun ?

Combien de gens n’écoutent déjà plus votre réponse avant même que vous l’ayez formulée ?

Est ce que quelqu’un saurait répondre la vérité ?

Dire une seule fois :

-         Non ça ne va pas, j’ai peur, j’ai froid, je suis terrassée, je fais semblant mais je tourne à l’envers du mouvement lent et immuable de la terre.

-         Non, ça ne va pas, j’ai mal au fond de moi, je ne sais plus ce qu’il faut faire, je suis le contraire de ce que tu vois. Je souris mais ça hurle, ça brûle au fond de moi.

-         Non, ça ne va pas. Il y a ce silence qui m’assourdit dans les paroles d’indifférence. Arrêtez de jouer la comédie, dites moi de vraies choses au lieu d’endosser ce rôle maudit du non-dit.

-         Non ça ne va pas, je préfère parler à des fantômes qu’à des vivants qui me renient.

 

Pourquoi ?

Parce que si l’on disait la vérité, les gens fuiraient, effrayés. C’est d’ailleurs ce qu’ils font : ils sont soudain pressés, occupés, s’ils sentent que vous leur mentez, ils ne veulent pas entendre pas s’étendre, ça ne les regarde pas, alors pourquoi pose t-il cette question là ?

 

 

Il y a ceux à qui vous faîtes pitié et qui vous écouteraient quelques secondes, avec une fausse compassion, en reculant vers la sortie parce qu’ils n’en ont cure ou que vous leur faîtes peur.

 

 

Il y a ceux qui trouveraient le moment mal choisi, qui préfèreraient entendre : » Ca va très bien, merci ».

 

 

Il y a ceux qui vous rudoieraient, vous pousseraient à ne plus y penser, à ne plus les gaver. Pourquoi veulent ils savoir dans ce cas ?

 

 

Il y a ceux qui se sentent concernés, qui savent mais jouent les ignorants, les innocents et se moquent de la poussière où vous traînez votre vie car, même s’ils savent en être la cause, ne pourraient ou ne voudraient porter sur leurs épaules le poids d’une telle responsabilité assumée.

 

 

Heureusement, il y a ceux qui ne demandent pas, qui vous regardent et savent déjà ce que vos yeux ne disent pas, que votre sourire, que vous enlevez pour dormir, cache un émoi qui vous paralyse. Mais ceux là ne sont pas nombreux, ils savent et c’est déjà ça.

 

 

Vous savez pourquoi les gens ne vous écoutent pas quand ils vous demandent si ça va ?

Cette explication me paraît la plus supportable, la plus douce à la torpeur. Parce qu’ils ne peuvent pas vous aider et ça, vous le savez alors vous vous contenterez d’un sourire, d’un regard et vous irez mieux, malgré tout, malgré ça.

Quant à ceux qui partent en courant, qui vous connaissent par cœur, mais préfèrent ironiser que de vous offrir le peu de chaleur que vous pouvez espérer, ne soyez pas amers, persuadez votre conscience qu’ils sont maladroits, malhabiles et malheureux de ne pouvoir faire quoi que ce soit, même si votre âme vous crie qu’ils sont indifférents, intransigeants et que le mal qu’ils vous font entame votre confiance petit à petit. Dîtes-vous que jamais vous n’avez demandé «  ça va ? » à ceux que vous aimez sans être un tout petit peu inquiet de la réponse qu’ils vont vous donner.

Alors vous pourrez toujours vous regarder dans la glace : aimer est plus fort que d’être aimé, celui qui a dit ça, est mort d’avoir aidé les autres, vous le saviez ?

Plume

Par Plume - Publié dans : Griffesdeplume
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Vendredi 25 mai 2007

Marius Descimes avait entendu la rumeur qui disait qu’Alicia Fairise avait été assassinée, qu’une statue d’ange pleurait du sang dans l’église de Garance et qu’un bébé inconnu avait été trouvé. D’un tempérament ultra rationnel, il pensait que le meurtrier était quelqu’un de particulièrement cynique, sadique et très bien organisé. En nourrissant ses volailles, il réfléchissait au scénario qu’avait pu construire le criminel. Apparemment rien du serial killer mais plutôt un genre de vengeur masqué. Il ignorait les fréquentations personnelles d’Alicia et se demandait dans quelles griffes elle avait pu se retrouver pour venir mourir en plein cœur de la forêt. Il retourna dans ses mains l’invitation de la police à se rendre au commissariat l’après-midi même et soupira.

 Dans le village voisin, Matéo pensait à peu près la même chose cependant il avait en tête un paramètre non négligeable et qui le ramenait lui aussi sur les traces de Nathan Messager. Mais celui-ci avait disparu depuis des mois et Matéo ne voyait pas en quoi il pouvait être impliqué dans ce crime. Il était certain que depuis son départ et même avant cela, Alicia n’allait pas bien mais elle jouait sur le tableau de la parfaite indifférence et ne montrait aucun signe d’angoisse ni de tristesse. Il pensa confusément qu’en fait, il ne la connaissait pas, qu’il ne s’en était jamais inquiété et que son devenir avait toujours été parallèle au sien sans jamais se croiser. Mais la convocation au poste de police le rendait nerveux lui aussi.

   A Garance, Gisèle Carmi s’inquiétait pour sa fille. Malgré les extrêmes précautions prises par celle-ci pour cacher son désarroi, elle sentait la fragilité de Satine s’exprimer à travers un silence qui ne lui était pas coutumier. La jeune fille attendit que sa mère parte au bureau pour filer chez Lucy Mayeur. Elle tambourina à la vieille porte bancale de sa cuisine. La vieille femme tira le rideau en lui jetant un œil interrogatif. Elle ouvrit et Satine s’engouffra dans la pièce.

 -          Qu’est ce qui t’arrive, ma fille ?

 -          Je ne dors plus la nuit, Lucy. Je deviens folle, je crois.

 -          Et pourquoi donc ?

 Satine hésita un instant avant de vider son cœur trop lourd à cette grand-mère toute courbée et que tout le monde considérait comme une déraisonnée.

 -          On me parle dans mes rêves…

 -          Ce n’est pas extraordinaire, ça… 

 -          Oui mais c’est Alicia qui me parle…

 Lucy leva un sourcil étonné.

 -          Comment ça ?

 -          Eh bien… Elle m’a dit qu’elle était en danger avant qu’il ne la retrouve dans la forêt. Elle m’a dit d’aller voir à l’église que j’y trouverai quelque chose le jour où j’y ai vu le bébé. Elle est là toutes les nuits…

 -          Est-ce qu’elle te fait peur ? Est-elle menaçante ?

 Satine leva les yeux sur la vieille femme. Elle se sentit en confiance, voyant que celle-ci semblait prendre ses propos très au sérieux. Elle secoua la tête.

 -          Non, non, elle parle très gentiment. Elle m’a dit des choses que je n’ai pas comprises…

 -          Quoi par exemple ?

 -          Qu’elle se sentait errante, prisonnière et qu’elle voulait s’en aller mais qu’elle ne pouvait pas maintenant.

 -          Et elle te demande de l’aider, c’est ça ?

 -          Oui…

 Satine regarda Lucy avec un mélange d’admiration et de timidité.

 -          Il ne faut pas avoir peur, ma fille. Tu es à l’âge où les esprits peuvent prendre contact avec toi. Lorsqu’elle aura réglé ce qui la préoccupe, Alicia s’en ira. Elle ne te veut aucun mal, c’est simplement que tu es la seule avec qui elle peut communiquer.

 -          Mais, pourquoi moi ?

 -          Je ne sais pas, parce qu’elle a senti que tu pouvais la voir et l’écouter. Il ne faut surtout pas avoir peur, c’est une découverte pour toi mais moi je connais ça depuis longtemps. En revanche…

 La vieille femme posa sa main osseuse sur celle de Satine qui frémit.

 -          Ecoute bien ce que je vais te dire : tu ne dois en parler à personne. Ils ne comprendraient pas. Les gens ne supportent pas le surnaturel et cherche des explications logiques et la logique sera de t’emmener chez un médecin. Ca ne servirait à rien. Tu n’es ni malade, ni dépressive. Je t’aiderai à gérer ça, ok ?

 Satine opina, elle sentait sa gorge se serrer sans savoir si c’était de soulagement ou de nervosité.

 -          Tu en as parlé à quelqu’un ? Ton gars, le p’tit Delong ?

 La jeune fille rougit violemment et avoua qu’elle s’était confiée à Ari.

 - Ne rougis pas ma fille, tu t’étonnes d’être si réceptive aux esprits mais tu es la personne idéale pour eux. Mais surtout, arrête tes confidences ici. L’au-delà fait peur et quand les gens ont peur, ils deviennent mauvais...

Par Plume - Publié dans : Les ailes de l'Ange
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Mardi 22 mai 2007

 

 Charlotte Magani sentit qu’elle allait perdre son sang froid si la situation n’évoluait pas, le bébé prenait beaucoup de son temps, son mari ronchonnait à qui mieux mieux et elle ne savait plus où donner de la tête entre ses enfants, son travail et la mairie. Elle faillit abdiquer de tous ses rôles à la fois lorsque Cyprien l’appela ce soir là.

 -         Cette gosse n’appartient à personne, c’est impensable ! Il va falloir la confier à la D.D.A.S.S.

 -         C’est impossible, ça ! dit elle. Elle a forcément une mère quelque part !

 -         Fatalement, reconnut Cyprien. Mais ce n’est pas banal d’abandonner son enfant dans une église. Et d’ailleurs, j’ai eu les résultats de l’analyse du liquide trouvé sur l’ange, le chimiste est formel, c’est bien du sang.

 Au conseil municipal du même soir, Charlotte crut bon d’en informer ces conseillers. Les uns firent la moue, d’autres se montrèrent sceptiques et d’autres sarcastiques. Aucun d’entre eux ne voulait entendre une explication irrationnelle, le paranormal n’était qu’une fumisterie voir une blague de potaches. Léonie ne donna pas d’avis, elle réfléchissait. Elle aussi ne croyait pas à l’ésotérisme mais elle était forcée d’avouer que certaines coïncidences faisaient froid dans le dos. Elle n’avait pas l’esprit à la réunion, elle voulait comprendre et le mieux qu’elle pouvait faire c’était d’aller trouver Nathan. Mais elle ne savait ni ou le trouver ni comment le contacter. Elle allait mener une petite enquête de son coté.

 Il y avait quelques mois que Nathan Messager avait quitté le canton. Il habitait la commune voisine et était journaliste. Il était bien connu et apprécié à Garance et puis il était parti, comme sur un coup de tête, un soir de novembre. Léonie ne lâcha pas son idée fixe de toute la séance, il lui fallait retrouver Nathan avant d’être obligée de continuer de cacher des faits à une police dont l’enquête finirait pas révéler qu’elle ne leur avait pas tout dit.

 Elle en parla le soir à Thomas qui bondit, assis sur son lit.

 -         Attends mais t’es folle ? Il n’en a rien à cirer de nous, de tout çà. Il l’a prouvé non ?

 -         Je voudrais juste lui parler, l’informer pour Alicia.

 -         Attends, il ne vit pas au fin fond de la jungle depuis des siècles ! On en a même parlé aux infos régionales, tu crois qu’il a pu louper ça ? Il s’en fout oui !

 -         Peut-être bien, dit Léonie têtue. Mais je me sentirai mieux après. Il faut que je le retrouve…

 -         Bad idea, very bad idea ! commenta Thomas qui utilisait la langue anglaise quand il trouvait le français trop fade pour exprimer ses pensées.

 Satine Carmi se promenait avec la petite Cloé lorsqu’elle passa devant l’école. Elle y croisa Ari qui faisait semblant d’être concentré sur la roue avant de son scooter pour masquer son attente. Il l’attendait depuis un moment, guettant les allers et venues chez Charlotte. Il avait vu la jeune fille sortir avec la poussette et savait qu’elle allait passer devant lui.

 -         Salut Ari, dit celle-ci en lui souriant.

 Il répondit de la même façon.

 -         Ca va ? Tu t’occupes toujours du bébé ?

 -         J’aide Charlotte, dit elle en rabattant la capote pour protéger la petite du soleil.

 -         As tu revu Lucy ? demanda t-il de but en blanc.

 Satine pâlit et secoua la tête.

 -         Non…

 -         Tu ne fais plus de cauchemars alors ?

 Elle regarda autour d’elle d’un air apeuré pour voir si personne n’avait entendu les propos de son camarade.

 -         Si… Enfin, c’est bizarre…

 -         Tu as encore rêvé d’Alicia ? demanda t-il en poussant son scooter devant lui pour la suivre.

 -         Mais tais-toi ! dit elle avec effroi. Je t’ai dit de ne pas en parler ! Si les gens savaient, on me traiterait de folle !

 -         Tu ne m’as pas répondu…

 -         Je… je ne sais pas en fait si j’ai rêvé ou si j’ai trop d’imagination, dit elle dans un murmure.

 -         Satine, tu vois des choses dans tes rêves et celles-ci se réalisent et…

 -         Tais toi ! lui intima t-elle avec fermeté. C’est un hasard, c’est tout.

 -         Avant tu me racontais tout… dit il avec une voix empreinte de regret.

 La jeune fille soupira et, secrètement trop contente de se débarrasser d’un poids, prit la direction du bord de l’eau et l’invita à la suivre.

 -         Il ne faut pas que tu en parles, lui dit elle en s’arrêtant sous un saule, après s’être assurée à nouveau que personne ne les écoutait. A personne ! Tu entends ? Les gens diraient que je suis cinglée et Maman voudrait m’envoyer chez un psy !

 -         J’ai jamais rien dit, se défendit Ari avec justesse.

 -         C’est trop grave, Ari, trop grave, tu comprends ? Je rêve et des gens meurent et maintenant la voix me dit qu’elle a besoin de moi et j’ai peur ! Tu comprends ça, j’ai peur !!!

 Ari vit une crainte mêlée de fascination sur le visage expressif de son amie, à la fois inquiète et admirative des phénomènes dont elle était le jouet.

 -         Si tu ne veux plus en parler à Lucy, il faut le dire à Charlotte, ou à Léonie, dit Ari. C’est très important, et ça peut aider à trouver le meurtrier, Satine !

 -         Tu regardes trop la télé ! lui lança t-elle avec une fausse ironie. On n'est pas en Amérique ici.

 -         Alors comment savais-tu la nuit où elle est morte qu’Alicia était en danger ?

 -         Je ne sais pas, je ne sais pas ! Elle… Elle me l’a dit, c’est tout !

 -         Et est ce qu’elle t’a à nouveau parlé dans tes rêves ?

 -         Oui… lâcha Satine dont les mains tremblaient sur les poignées de la poussette.

 -         Et alors ?

 -         Et alors rien ! Elle vient, je la vois, elle ne dit plus rien en ce moment.

 -         Tu mens !

 -         Et puis ça ne te regarde pas ! Laisse moi !

 Elle fit demi tour sur les graviers et partit à vive allure vers le jardin des Magani. Ari essaya de la retenir mais en vain. Il secoua la tête et prit la direction opposée. Il décida de prendre son courage à deux mains et d’aller trouver Lucy Mayeur. Il lui ferait cracher la vérité, ce qu’elle avait dit à son amie et pourquoi celle-ci changeait et devenait distante. Satine avait raison, elle serait jugée, traitée d’adolescente fantasque et pertubée si les gens savaient. Il lui fallait regagner sa confiance car elle était très méfiante depuis ses rêves prémonitoires et il ne voyait pas d’un bon œil cette attention déraisonnée qu’elle avait pour le bébé.

 Si Lucy Mayeur l’envoyait paître, il parlerait à Léonie Després ou même à Charlotte. Il eut beau y réfléchir, il ne trouvait pas vraiment d’interlocuteur privilégié….

  Plume

 

Par Plume - Publié dans : Les ailes de l'Ange
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Samedi 19 mai 2007

Même aujourd'hui, la cruauté n'a pas faibli

Même aujourd'hui, on a su me rappeler que si je veux renaître, ce n'est pas demain la veille

Même aujourd'hui, on ne m'a pas laissé un peu de répit

Même aujourd'hui,  le voile s'est déchiré avant la fête

Même aujourd'hui, on a piétiné ma vie

Même aujourd'ui, les bulles avaient un goût de maudit

Même aujourd'hui, on a ri de la victime que je suis

Même aujourd'hui...

Qui suis je donc pour mériter un tel acharnement ?

Qu'ai-je donc fait ?

Rien, c'est sans doute pour cela qu'on me le fait payer si durement mais cette explication me parait trop facile...

La provocation a ses raisons que ma raison ignore...

Mais je ne peux jouer ce jeu là, car fatalement il retomberait sur moi...

Encore un peu de temps, je compte les jours, les nuits, les heures et les secondes...

Faites que je ne sache pas me défendre, faites que je garde tête froide, c'est tout ce qu'il me reste de toute façon...

Quant à ceux qui se demandent en me lisant, si je perds la raison, si je sombre en dépression, ils ne savent pas ce que j'endure et ce que je ressens. A ceux là au moins, je dis merci de respecter mes écrits comme une thérapie...

Même aujourd'ui, j'aurai préféré le silence plutôt que cette cynique version... mais on me dira que tout est question d'interprétation...

Aujourd'hui heureusement, mes véritables amis ont été présents...

Plume effarée

Par Plume - Publié dans : Griffesdeplume
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Vendredi 18 mai 2007

La découverte d’un nourrisson dans l’église de Garance se propagea bien plus loin que les frontières du canton. Satine ne quittait plus la maison des Magani, y courant après l’école pour y voir le poupon. C’était une petite fille que le pédiatre à qui Charlotte l’amena, donna 4 mois. Une enfant en pleine santé qui n’avait pas été brutalisée. Satine l’avait appelée Lili, elle trouvait que ça lui allait bien, que c’était joli. Cyprien avait diffusé sa photo et les maigres informations qu’il avait à tous les commissariats, jusqu’aux départements voisins. Au bout d’une semaine, le mari de Charlotte parlait d’aller camper sous une tente dans le jardin et le bébé n’avait toujours pas été réclamé. L’enquête était longue et double. Les services de l’enfance n’avaient enregistré aucun accouchement sous X, la maternité de la ville voisine avait été épluchée. Une adjointe de Cyprien avait réussi à joindre tous les parents des enfants enregistrés à une date approximative entre trois à quatre mois. Mais chaque naissance avait été identifiée.

- Elle est pas tombée du ciel, cette gosse ! s’exclama Thomas alors qu’il en discutait avec Léonie.

- Ils finiront par la trouver, c’est peut-être le bébé d’une étrangère en fuite ou d’une ado qui a fugué après avoir accouché loin d’ici.

- Ben c’est pas du boulot ça, pauvre bébé, commenta Mila en avalant une bouchée de crumble aux fruits rouges.

Léonie soupira. Après la mort d’Alicia, maintenant ce bébé. L’atmosphère était décidément pesante à Garance. Elle avait passé des nuits à réfléchir à ce qui avait pu arriver à Alicia et son estomac la torturait car elle devait se rendre à la gendarmerie pour interrogatoire le lendemain. Cyprien et Charlotte avaient tenté de la rassurer sur ces formalités qui visaient avant tout à recueillir des informations qui, au premier abord, leur auraient peut-être échappé. Elle ne pouvait pas tout raconter sans trahir la confiance et l’amitié d’Alicia et l’idée de devoir étaler des choses qui lui étaient intimes la tourmentait.

Elle se rendit à la brigade dès le matin, le cœur battant la chamade. On ne faisait pas plus fidèle et dévouée que Léonie. Les gens qui la connaissaient savaient que leur confiance était bien gardée avec elle. Elle gardait tout, même Thomas découvrait parfois des choses des mois après elle. Elle entra dans le hall où Cyprien l’accueillit avec un petit sourire avenant. Il serait secondé par un policier et avant de commencer l’interrogatoire, il demanda à Léonie si elle avait une objection au fait que la conversation soit enregistrée. Elle hocha négativement la tête, de toute façon avait-elle le choix ? Elle avait fait le tri toute la nuit, entre ce qu’elle pouvait livrer et ce qu’il lui fallait absolument préserver mais elle craignait que son silence ne couvre les agissements de certaines personnes. Non pas qu’elle pensa que ceux-ci auraient eu recours au crime, mais c’était une manne d’informations qu’elle devait mettre de coté, pour préserver la mémoire d’Alicia et la vie du village. Lorsque Cyprien lui demanda si Alicia aurait pu être la mère de ce bébé, elle en resta soufflée.

 - Ah non, ça c’est pas possible ! Je m’en serais aperçu ! On se voyait deux à trois fois par semaine et je vous jure qu’elle n’avait pas grossi, elle avait même perdu beaucoup de poids il y a quatre mois.

 - Vous savez pourquoi ?

 Léonie se sentit piégée mais se reprit très vite.

 - Elle avait souffert de l’épidémie de gastro-entérite qui a sévi cet hiver. Et elle a eu quelques difficultés à s’en remettre, c’est tout.

 - C’est tout ? Vous êtes sûre de ça ? Insista le coéquipier de la police en levant un regard inquisiteur vers Léonie.

 - Tout à fait sûre ! affirma celle-ci avec aplomb.

 Elle sortit de la brigade, essorée comme une vieille serpillière. Elle ne voulait pas leur cacher des faits qui auraient pu les mettre sur la piste du meurtrier de son amie mais le village était suffisamment à feu et à sang pour qu’elle en rajoute dans le pathos. Lorsqu’elle rentra chez elle, Mila l’attendait devant la porte.

 - Maman, Maman, tu sais quoi ? Charlotte a trouvé comment s’appelle le bébé !

 - Merveilleux ! Lui répondit-elle en pensant confusément que ça ne révolutionnerait pas l’enquête.

 Thomas avança sur le palier et à l’air qu’il avait, Léonie sentit que quelque chose n’était pas normal.

 - Et comment s’appelle cette petite poupée ? Ajouta t-elle à l’intention de sa fille.

 Mais ce fut son mari qui lui répondit :

 - Charlotte a remarqué que la gourmette autour du poignet du bébé avait un petit cache qui dissimulait une double plaquette, sur la première il n’y avait rien de gravé mais sur la deuxième…

 - Et bien quoi ? S’impatienta Léonie que le prénom de cette enfant ne pouvait émouvoir après une mini garde à vue légèrement traumatisante. Elle s’appelle Cunégonde ou bien ? Ajouta t-elle avec humour.

 - Nan, dit Mila. Cloé, elle s’appelle Cloé ! C’est mignon, j’aime bien moi.

 Abasourdie, Léonie en lâcha son sac à mains sur le parapet et regarda Thomas qui semblait ne plus savoir quoi penser.

Par Plume - Publié dans : Les ailes de l'Ange
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Vendredi 18 mai 2007

Cauchemar : n.m. étymologie : "caucher" en ancien français (fouler) et "mare" (fantôme)

Il y a trop de fantômes autour de moi, dans ma tête. Il n'y a plus qu'eux autour de moi, des fantômes bienveillants, souriants et des monstres grimaçants, dérangeants, cyniques et ricanants dans un univers bouleversant où le combat est le même qu'ici bas alors pourquoi rester là ?

Leur souffle sur mon visage, leur ombre qui me talonne, leur regard qui ne me lâche pas, leurs bras dans lesquels je veux me réfugier, les bons, ceux qui manquent tellement, disparaissent lentement et laissent  la place aux spectres de mon inconscient. Et hantent mes matins, baillonnant les ombres blanches pour me réveiller en sursaut, noyée, baignée de sueur et de larmes, satisfaits d'avoir la main mise sur ma réalité. Ceux là vont-ils enfin m'oublier ? Oh oui, pitié...

Il faut que je revienne dans le monde des vivants...

Pour combattre leur jeu perfide, ne pas leur laisser de portes ouvertes dans mon esprit chagrin, ne pas les subir et les sentir me dominer, me torturer, jusque dans mon sommeil, seule plage de répit accordée. Ils demandent vengeance, ils ricanent de ma tempérance, leurs éclats de rire sont effrayants, sardoniques et démoniaques, ils m'avilissent, me maudissent, se moquent de mes actes passifs, m'éperonnent avec des tisonniers chauffés à blanc, pour que je tente le tout pour le tout, me promettant un paradis dont l'enfer n'a rien à envier. 

Il faut que je revienne dans le monde des vivants...

Avant que je n'entende plus "les voix des êtres chers qui se sont tues",

Avant qu'ils ne me mélangent, détraquent mon cerveau qui a jeté l'ancre dans leur enfer, ne me clouent au fond du puits dans lequel ils m'ont fait sombrer, comme une dernière estocade, un dernier coup de pied, un dernier bain de sang bouillonnant, avant de les voir se repaître de ma douleur et y puiser la force nécessaire pour piétiner ce qui me reste de douces pensées et renaître plus fort après m'avoir écrasée.

Il faut que je revienne dans le monde des vivants...

Que ne passent plus en boucle ceux qui me fascinent, ceux que je crois puissants, parce qu'ils sont entre deux mondes et que celui dont il font mention m'attire tant..

Mais pour l'heure, d'un coté ou de l'autre de la passerelle, il n'y a pas plus de soleil. Le combat est inégal, déloyal, dans ce passage obscur, je me laisse submerger par les âmes grises pour que je me joigne à elles et dans cette réalité, je n'ai plus aucune lumière pour éclairer mes pas affolés. Existe t-il vraiment ? Ce havre de paix ? Pour le savoir, il faudrait traverser, vraiment, passer de l'autre coté, ne pas nager entre deux entités...

Trancher dans le vif, aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte, si la sérénité est à portée d'âme ou retourner parmi mes congénères, garder les yeux ouverts et ne plus se retenir, faire preuve de courage et déclencher l'orage pour pouvoir avancer, avancer...

Il faut que je revienne dans le monde des vivants...

Mais pour l'heure, je n'y ai plus ma place, vraiment... Et pas encore dans l'autre monde, apparemment...  

Mon seul allié est le temps, mais il semble arrêté en ce moment...

Plume hantée comme l'a dit JLC...

Par Plume - Publié dans : Griffesdeplume
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