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Vendredi 25 mai 2007

Bonjour, ça va ?

N’est ce pas un lieu commun ?

Combien de gens n’écoutent déjà plus votre réponse avant même que vous l’ayez formulée ?

Est ce que quelqu’un saurait répondre la vérité ?

Dire une seule fois :

-         Non ça ne va pas, j’ai peur, j’ai froid, je suis terrassée, je fais semblant mais je tourne à l’envers du mouvement lent et immuable de la terre.

-         Non, ça ne va pas, j’ai mal au fond de moi, je ne sais plus ce qu’il faut faire, je suis le contraire de ce que tu vois. Je souris mais ça hurle, ça brûle au fond de moi.

-         Non, ça ne va pas. Il y a ce silence qui m’assourdit dans les paroles d’indifférence. Arrêtez de jouer la comédie, dites moi de vraies choses au lieu d’endosser ce rôle maudit du non-dit.

-         Non ça ne va pas, je préfère parler à des fantômes qu’à des vivants qui me renient.

 

Pourquoi ?

Parce que si l’on disait la vérité, les gens fuiraient, effrayés. C’est d’ailleurs ce qu’ils font : ils sont soudain pressés, occupés, s’ils sentent que vous leur mentez, ils ne veulent pas entendre pas s’étendre, ça ne les regarde pas, alors pourquoi pose t-il cette question là ?

 

 

Il y a ceux à qui vous faîtes pitié et qui vous écouteraient quelques secondes, avec une fausse compassion, en reculant vers la sortie parce qu’ils n’en ont cure ou que vous leur faîtes peur.

 

 

Il y a ceux qui trouveraient le moment mal choisi, qui préfèreraient entendre : » Ca va très bien, merci ».

 

 

Il y a ceux qui vous rudoieraient, vous pousseraient à ne plus y penser, à ne plus les gaver. Pourquoi veulent ils savoir dans ce cas ?

 

 

Il y a ceux qui se sentent concernés, qui savent mais jouent les ignorants, les innocents et se moquent de la poussière où vous traînez votre vie car, même s’ils savent en être la cause, ne pourraient ou ne voudraient porter sur leurs épaules le poids d’une telle responsabilité assumée.

 

 

Heureusement, il y a ceux qui ne demandent pas, qui vous regardent et savent déjà ce que vos yeux ne disent pas, que votre sourire, que vous enlevez pour dormir, cache un émoi qui vous paralyse. Mais ceux là ne sont pas nombreux, ils savent et c’est déjà ça.

 

 

Vous savez pourquoi les gens ne vous écoutent pas quand ils vous demandent si ça va ?

Cette explication me paraît la plus supportable, la plus douce à la torpeur. Parce qu’ils ne peuvent pas vous aider et ça, vous le savez alors vous vous contenterez d’un sourire, d’un regard et vous irez mieux, malgré tout, malgré ça.

Quant à ceux qui partent en courant, qui vous connaissent par cœur, mais préfèrent ironiser que de vous offrir le peu de chaleur que vous pouvez espérer, ne soyez pas amers, persuadez votre conscience qu’ils sont maladroits, malhabiles et malheureux de ne pouvoir faire quoi que ce soit, même si votre âme vous crie qu’ils sont indifférents, intransigeants et que le mal qu’ils vous font entame votre confiance petit à petit. Dîtes-vous que jamais vous n’avez demandé «  ça va ? » à ceux que vous aimez sans être un tout petit peu inquiet de la réponse qu’ils vont vous donner.

Alors vous pourrez toujours vous regarder dans la glace : aimer est plus fort que d’être aimé, celui qui a dit ça, est mort d’avoir aidé les autres, vous le saviez ?

Plume

par Plume publié dans : Griffesdeplume
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Vendredi 25 mai 2007

Marius Descimes avait entendu la rumeur qui disait qu’Alicia Fairise avait été assassinée, qu’une statue d’ange pleurait du sang dans l’église de Garance et qu’un bébé inconnu avait été trouvé. D’un tempérament ultra rationnel, il pensait que le meurtrier était quelqu’un de particulièrement cynique, sadique et très bien organisé. En nourrissant ses volailles, il réfléchissait au scénario qu’avait pu construire le criminel. Apparemment rien du serial killer mais plutôt un genre de vengeur masqué. Il ignorait les fréquentations personnelles d’Alicia et se demandait dans quelles griffes elle avait pu se retrouver pour venir mourir en plein cœur de la forêt. Il retourna dans ses mains l’invitation de la police à se rendre au commissariat l’après-midi même et soupira.

 Dans le village voisin, Matéo pensait à peu près la même chose cependant il avait en tête un paramètre non négligeable et qui le ramenait lui aussi sur les traces de Nathan Messager. Mais celui-ci avait disparu depuis des mois et Matéo ne voyait pas en quoi il pouvait être impliqué dans ce crime. Il était certain que depuis son départ et même avant cela, Alicia n’allait pas bien mais elle jouait sur le tableau de la parfaite indifférence et ne montrait aucun signe d’angoisse ni de tristesse. Il pensa confusément qu’en fait, il ne la connaissait pas, qu’il ne s’en était jamais inquiété et que son devenir avait toujours été parallèle au sien sans jamais se croiser. Mais la convocation au poste de police le rendait nerveux lui aussi.

   A Garance, Gisèle Carmi s’inquiétait pour sa fille. Malgré les extrêmes précautions prises par celle-ci pour cacher son désarroi, elle sentait la fragilité de Satine s’exprimer à travers un silence qui ne lui était pas coutumier. La jeune fille attendit que sa mère parte au bureau pour filer chez Lucy Mayeur. Elle tambourina à la vieille porte bancale de sa cuisine. La vieille femme tira le rideau en lui jetant un œil interrogatif. Elle ouvrit et Satine s’engouffra dans la pièce.

 -          Qu’est ce qui t’arrive, ma fille ?

 -          Je ne dors plus la nuit, Lucy. Je deviens folle, je crois.

 -          Et pourquoi donc ?

 Satine hésita un instant avant de vider son cœur trop lourd à cette grand-mère toute courbée et que tout le monde considérait comme une déraisonnée.

 -          On me parle dans mes rêves…

 -          Ce n’est pas extraordinaire, ça… 

 -          Oui mais c’est Alicia qui me parle…

 Lucy leva un sourcil étonné.

 -          Comment ça ?

 -          Eh bien… Elle m’a dit qu’elle était en danger avant qu’il ne la retrouve dans la forêt. Elle m’a dit d’aller voir à l’église que j’y trouverai quelque chose le jour où j’y ai vu le bébé. Elle est là toutes les nuits…

 -          Est-ce qu’elle te fait peur ? Est-elle menaçante ?

 Satine leva les yeux sur la vieille femme. Elle se sentit en confiance, voyant que celle-ci semblait prendre ses propos très au sérieux. Elle secoua la tête.

 -          Non, non, elle parle très gentiment. Elle m’a dit des choses que je n’ai pas comprises…

 -          Quoi par exemple ?

 -          Qu’elle se sentait errante, prisonnière et qu’elle voulait s’en aller mais qu’elle ne pouvait pas maintenant.

 -          Et elle te demande de l’aider, c’est ça ?

 -          Oui…

 Satine regarda Lucy avec un mélange d’admiration et de timidité.

 -          Il ne faut pas avoir peur, ma fille. Tu es à l’âge où les esprits peuvent prendre contact avec toi. Lorsqu’elle aura réglé ce qui la préoccupe, Alicia s’en ira. Elle ne te veut aucun mal, c’est simplement que tu es la seule avec qui elle peut communiquer.

 -          Mais, pourquoi moi ?

 -          Je ne sais pas, parce qu’elle a senti que tu pouvais la voir et l’écouter. Il ne faut surtout pas avoir peur, c’est une découverte pour toi mais moi je connais ça depuis longtemps. En revanche…

 La vieille femme posa sa main osseuse sur celle de Satine qui frémit.

 -          Ecoute bien ce que je vais te dire : tu ne dois en parler à personne. Ils ne comprendraient pas. Les gens ne supportent pas le surnaturel et cherche des explications logiques et la logique sera de t’emmener chez un médecin. Ca ne servirait à rien. Tu n’es ni malade, ni dépressive. Je t’aiderai à gérer ça, ok ?

 Satine opina, elle sentait sa gorge se serrer sans savoir si c’était de soulagement ou de nervosité.

 -          Tu en as parlé à quelqu’un ? Ton gars, le p’tit Delong ?

 La jeune fille rougit violemment et avoua qu’elle s’était confiée à Ari.

 - Ne rougis pas ma fille, tu t’étonnes d’être si réceptive aux esprits mais tu es la personne idéale pour eux. Mais surtout, arrête tes confidences ici. L’au-delà fait peur et quand les gens ont peur, ils deviennent mauvais...

par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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