Bonjour, ça va ?
N’est ce pas un lieu commun ?
Combien de gens n’écoutent déjà plus votre réponse avant même que vous l’ayez formulée ?
Est ce que quelqu’un saurait répondre la vérité ?
Dire une seule fois :
- Non ça ne va pas, j’ai peur, j’ai froid, je suis terrassée, je fais semblant mais je tourne à l’envers du mouvement lent et immuable de la terre.
- Non, ça ne va pas, j’ai mal au fond de moi, je ne sais plus ce qu’il faut faire, je suis le contraire de ce que tu vois. Je souris mais ça hurle, ça brûle au fond de moi.
- Non, ça ne va pas. Il y a ce silence qui m’assourdit dans les paroles d’indifférence. Arrêtez de jouer la comédie, dites moi de vraies choses au lieu d’endosser ce rôle maudit du non-dit.
- Non ça ne va pas, je préfère parler à des fantômes qu’à des vivants qui me renient.
Pourquoi ?
Parce que si l’on disait la vérité, les gens fuiraient, effrayés. C’est d’ailleurs ce qu’ils font : ils sont soudain pressés, occupés, s’ils sentent que vous leur mentez, ils ne veulent pas entendre pas s’étendre, ça ne les regarde pas, alors pourquoi pose t-il cette question là ?
Il y a ceux à qui vous faîtes pitié et qui vous écouteraient quelques secondes, avec une fausse compassion, en reculant vers la sortie parce qu’ils n’en ont cure ou que vous leur faîtes peur.
Il y a ceux qui trouveraient le moment mal choisi, qui préfèreraient entendre : » Ca va très bien, merci ».
Il y a ceux qui vous rudoieraient, vous pousseraient à ne plus y penser, à ne plus les gaver. Pourquoi veulent ils savoir dans ce cas ?
Il y a ceux qui se sentent concernés, qui savent mais jouent les ignorants, les innocents et se moquent de la poussière où vous traînez votre vie car, même s’ils savent en être la cause, ne pourraient ou ne voudraient porter sur leurs épaules le poids d’une telle responsabilité assumée.
Heureusement, il y a ceux qui ne demandent pas, qui vous regardent et savent déjà ce que vos yeux ne disent pas, que votre sourire, que vous enlevez pour dormir, cache un émoi qui vous paralyse. Mais ceux là ne sont pas nombreux, ils savent et c’est déjà ça.
Vous savez pourquoi les gens ne vous écoutent pas quand ils vous demandent si ça va ?
Cette explication me paraît la plus supportable, la plus douce à la torpeur. Parce qu’ils ne peuvent pas vous aider et ça, vous le savez alors vous vous contenterez d’un sourire, d’un regard et vous irez mieux, malgré tout, malgré ça.
Quant à ceux qui partent en courant, qui vous connaissent par cœur, mais préfèrent ironiser que de vous offrir le peu de chaleur que vous pouvez espérer, ne soyez pas amers, persuadez votre conscience qu’ils sont maladroits, malhabiles et malheureux de ne pouvoir faire quoi que ce soit, même si votre âme vous crie qu’ils sont indifférents, intransigeants et que le mal qu’ils vous font entame votre confiance petit à petit. Dîtes-vous que jamais vous n’avez demandé « ça va ? » à ceux que vous aimez sans être un tout petit peu inquiet de la réponse qu’ils vont vous donner.
Alors vous pourrez toujours vous regarder dans la glace : aimer est plus fort que d’être aimé, celui qui a dit ça, est mort d’avoir aidé les autres, vous le saviez ?
Plume