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Lundi 28 mai 2007

Regardez comme je donne le change

 

 

Chaque jour qui vient, vous me voyez chaque matin,

Pour vous, je suis la même mais je suis un pantin,

Je salue, je parle, je souris, je réfléchis,

Je travaille, je suis dans ces choses qui font la vie

Mais au fond de moi, je ne suis déjà plus là.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

J’imagine, je dessine, je donne mon avis,

Même quand ce n’est pas vraiment permis,

J’écris sur les lignes, je réponds au téléphone,

Et tout semble normal à vous, grandes personnes,

Mais au fond de moi, je suis dans l’enfer de l’effroi.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

Je peux même vous faire sourire, continuez à vous suivre,

Je lis, j’écris, je compte, je construis, sans faiblir,

J’observe pour gérer, j’écoute pour évaluer,

Mais au fond de moi, à vous, je ne pense même pas.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

Je sais m’organiser, donner la réplique, me rebeller,

Vous contredire, vous rassurer, rechercher des week-end égayés,

Vous me voyez bien assise alors que je ne suis que soumise,

Car au fond de moi, le soleil s’éteint déjà.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

Je compte des billets, sans savoir rendre la monnaie,

Je suis une marionnette aux fils cassés, un pantin de papier

Vous me croyez sur vos pas,

Mais au fond de moi, l’encéphalogramme est plat.

 

 

Regardez comme je donne le change

 

 

Je mange et je bois, naturelle, je lis vos nouvelles

Normale, je me balade dans vos festivals

Je parle avec vous et j’entre dans vos bals

Mais au fond de moi, c’est juste un froid glacial

 

 

 

 

Regardez comme je donne le change

Alors qu’au fond de moi, se meurt Un Ange…

Plume

par Plume publié dans : Griffesdeplume
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Lundi 28 mai 2007

Léonie tournait dans sa maison, elle avait écumé tout internet sans avoir trouvé trace de Nathan. Elle avait en revanche récupérer les coordonnées de sa sœur mais elle ne s’entendait pas du tout avec celle-ci et il lui était impossible de passer par là pour trouver le journaliste. Elle enrageait sur cette dernière hypothèse qui lui semblait, hélas, être sa seule chance lorsque Charlotte sonna à la porte. Elle laissa là ses recherches, remisant son enquête à plus tard et rejoignit le maire de Garance sur le palier de sa maison.

 

-         Ca y est, dit elle presque soulagée à sa conseillère. Ils ont trouvé une famille d’accueil pour la petite Chloé.

 

-         Un poids en moins, acquiesça celle-ci. Tant mieux.

 

-         C’est bête à dire, mais ça me fait presque de la peine de leur laisser.

 

-         Les services sociaux s’en s’occuperont correctement. Ne t’inquiète pas.

 

Elle faillit demander à Charlotte si elle savait où trouver Nathan mais, les deux pieds sur le frein, elle referma la bouche sans rien ajouter.

 

Lorsque Satine apprit la nouvelle, elle courut chez Charlotte mais le bébé n’y était déjà plus. La jeune femme remarqua la tristesse de l’adolescente qui ne dit mot et prétexta des devoirs à faire pour rentrer plus vite. Elle croisa Ari, jamais très loin, lorsqu’il la voyait sortir de chez elle. Il tenta de la réconforter mais en vain. Elle se mura dans un mutisme obstiné et refusa de répondre à ses questions. Elle rentra et s’enferma dans sa chambre sous l’œil étonné de sa petite sœur. Dans la nuit qui suivit, Gisèle Carmi crut entendre du bruit dans la chambre de la cadette mais en traversant le corridor, elle remarqua que les chuchotements venaient de la chambre de Satine. Elle tenta d’écouter ce qui semblait être une conversation mais ne put saisir que des bribes inaudibles. Elle frappa doucement à la porte et aussitôt les voix se turent. Elle insista et Satine répondit d’une voix endormie :

 

-         Moui ?

 

-         Excuse moi, ma chérie, mais j’ai cru entendre du bruit ? Tu écoutes de la musique ?

 

-         Un peu pour m’endormir, j’ai du mal à trouver le sommeil…

 

-         Ok, essaie de lire, ça vaudrait mieux. Bonne nuit.

 

Gisèle retourna auprès de son mari avec une idée fixe dans la tête : elle était certaine que ce n’était pas des notes de musique qu’elle avait entendues.

 

Cyprien Antinace n’aimait pas la tournure que prenaient les évènements. Le médecin légiste piétinait et avait toutes les peines du monde à trouver la cause de la mort d’Alicia Fairise. Il disait ne pas comprendre. Il envisageait même d’envoyer le corps à Paris où ses collègues, aguerris à des morts violentes de tout acabit, seraient peut-être plus perspicaces que lui. A Garance, l’ambiance était à la peur. Tout le monde ne parlait que de ça et du bébé orphelin. Sauf Lucy Mayeur qui continuait à se rendre au cimetière pour psalmodier des phrases incompréhensibles sur la tombe d’Emilien. Marius Descimes, quant à lui, revint de son interrogatoire à la police, de plus en plus perplexe. On lui avait demandé s’il avait remarqué des visites inhabituelles chez Alicia ces derniers mois, s’il connaissait ses fréquentations, et enfin, chose étrange, s’il avait récupéré Mine, le chat. Il avait répondu, débonnaire, se risquant à faire de l’humour ce qui n’avait pas forcément plu au chef de la brigade qui trouvait cynique et suspect de plaisanter sur un tel sujet. Ils avaient terminé leur questionnaire à choix multiple en lui demandant ce qu’il pensait de Baptiste Gun. Stupéfait par cette demande, il avait assuré ne pas le connaître, sauf de réputation et le trouvait provocateur et instable mais sans avoir le profil d’un psychopathe. Il était rentré chez lui, troublé et songeur.

 

Lucy Mayeur ouvrait ses persiennes lorsqu’elle vit le visage diaphane de Satine qui cherchait à l’apercevoir dans sa cuisine. Elle lui ouvrit et vit entrer avec elle un chat tigré aux prunelles vert d’eau.

 

-         C’est Mine, dit Satine dans un souffle. Elle est venue gratter à ma fenêtre la nuit dernière. Depuis elle me suit partout…

 

La jeune fille semblait mal à l’aise et effrayée. Alors que Lucy lui avait toujours fait peur, elle ne trouvait de réconfort qu’auprès d’elle à présent. La vieille femme, couplant l’instinct du renard avec l’acuité d’une chouette, essayait de tranquilliser cette enfant qui découvrait une facette inquiétante de la vie.

 

-         Est ce qu’Alicia est venue te rendre visite cette nuit ? demanda t-elle en lui préparant un chocolat chaud à la cannelle.

 

-         Oui… répondit Satine, dans un murmure. Elle m’a dit de ne pas avoir peur, que je ne courais aucun danger, qu’au contraire elle veillait sur moi. Elle m’a dit que Cloé allait revenir…

 

-         Je vois… dit Lucy en essuyant ses mains calleuses sur un vieux tablier sans couleur.

 

-         Elle t’a dit ce qui la tourmente ? renchérit-elle.

 

Satine leva la tête.

 

-         Non ? Pourquoi ?

 

-         Parce que si Alicia ne passe pas de l’autre coté, c’est que quelque chose la retient ici et il faut que nous l’aidions au plus vite à régler ce qu’elle n’a pas eu le temps de faire.

 

-         Pourquoi ? répéta Satine, ahurie.

 

-         Parce que, plus elle reste, moins c’est bon pour elle. Elle ressens encore des sentiments humains, comme la colère ou la peur, ou la tristesse et bien qu’elle ne te veuille aucun mal, il faut qu’elle puisse partir comme elle en a le droit.

 

-         Mais qui la retient ici ?

 

-         Si seulement je le savais… ce serait trop simple… Et Emilien qui ne me dit rien, le sacripan ! lâcha t-elle sans réfléchir.

 

-         Parce que… parce qu’Emilien Cépa est toujours là aussi ? Il a des choses à finir ? demanda Satine effarée.

 

La vieille femme regretta d’en avoir tant dit et leva une main qu’elle agita devant les yeux de la jeune fille.

 

-         Peu importe, ceci n’est pas ton problème, c’est le mien. Il faut d’abord qu’on s’occupe d’Alicia.

 

-         Mais si vous dîtes qu’Emilien pourrait vous dire quelque chose c’est que les deux affaires sont liées ?

 

Lucy Mayeur lui jeta un regard en biais. Elle comprit que l’adolescente était plus intelligente et moins naïve qu’elle ne l’aurait cru.

 

C’est une hypothèse. C’est tout, dit elle en balayant ses dires d’un revers de bras. Finis ton chocolat et file ! Ta mère va s’inquiéter.
par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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