Calendrier

Mai 2007
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Publicité

Mardi 8 mai 2007

Sagamore Costier entra dans son église cette après-midi là, comme il avait l’habitude de le faire tous les jours à la même heure. Il jeta un regard circulaire sur la nef, toujours satisfait que ce havre de paix et de prières soit baigné de la lumière du soleil qui irisait sa coupole en traversant les vitraux. C’était un jour de confessions et, n’en déplaise à son sacerdoce, il était parfois lassé de ses grenouilles de bénitier, comme les appelaient certains paroissiens, qui venaient confier leurs péchés chaque semaine pour mieux recommencer le lundi matin. Mais il pardonnait et renvoyait la pécheresse à sa vie quotidienne. Il donnait des conseils qui n’étaient jamais entendus et se disait, tout au fond de lui-même, qu’il n’était pas apte aux remontrances  et que celui qui régnait là haut et en qui il croyait, se chargerait bien de faire le tri au jour du jugement dernier. Ses ouailles auraient été effarées d’entendre ses pensées, mais Dieu merci, la science ne permettait pas encore cette infamie.

Il s’approcha de l’autel, changea les cierges consumés, lissa du plat de la main le drap qui couvrait  le pupitre et son regard fut attiré par une tâche sur le sol. Il avança, ajusta ses lunettes sur son nez et s’agenouilla pour regarder de plus près ce qui avait tâché les pierres du sol. Il remarqua que la petite flaque était rouge sombre, il y posa son doigt et vit que la consistance du liquide était fraîche et coulait au bout de son ongle. Il leva machinalement les yeux pour voir d’où venait ce liquide étrange dont il commençait à craindre que ce soit du sang. Son cœur s’arrêta un bref instant de battre dans sa poitrine. Au-dessus de sa tête, sur son piédestal doré vieilli, la statue d’un angelot qui tendait une main vers les fidèles avait le visage sali par une traînée rouge qui semblait venir de son œil droit.

Sagamore Costier se signa, se releva et reprit ses esprits. C’était probablement une blague de très mauvais goût d’un villageois païen. Lorsque les portes de l’église s’ouvrirent avec fracas, il sursauta et vit Lucy Mayeur qui rentrait. Cette vieille chouette de mauvaise augure lui glaça le sang. Elle avança dans l’allée centrale sans paraître le voir, s’agenouilla au premier rang sur un vieux prie-dieu et leva les yeux sur le curé figé sous l’ange maculé.

-         Sagamore, ils ont retrouvé la p’tite dans les bois… Prie donc avec moi au lieu de rester les bras ballants avec cet air stupide.

Elle ne semblait pas avoir vu la tâche et le visage de l’ange. Elle joignit les mains et ferma les yeux, grommelant plutôt que priant, elle parut oublier la présence du curé à ses côtés.

 

 

Cyprien Antinace descendit de l’estafette au milieu du bois. Des promeneurs habitués à arpenter les sentiers forestiers avaient par hasard trouvé le corps d’Alicia au milieu d’une clairière. Ils avaient aussitôt appelé la brigade et l’équipe d’Antinace qui cherchait à l’autre extrémité des bois de Garance, s’était ruée à l’endroit indiqué. Cyprien avait appelé Charlotte Magani. Celle-ci revenait de son travail en catastrophe.

-         Est-ce qu’elle est vivante, Cyprien ?

-         J’en sais rien, j’en sais rien. Les randonneurs ont dit qu’elle semblait ne pas respirer. Je te rappelle.

Il suivit ses hommes dans le sentier qui menait à la clairière, en marchant, malgré l’obscurité, il vit une énorme théière faite de branchages, œuvre d’artiste qui embellissait la forêt pour le plus grand plaisir des promeneurs. Les écrits que Lucy lui avait confiés lui revinrent à l’esprit, la fourchette sculptée dans un tronc ne se trouvait pas loin de là, il comprit une partie du mystère. Sur ce bout de papier, Alicia indiquait où elle se rendait et ce pour la seconde fois. Elle avait aussi parlé d’un chien mais les promeneurs interrogés n’avaient fait mention d’aucune présence autour de la jeune femme. Le cœur battant, malgré ses différentes interventions professionnelles, Cyprien s’approcha du corps sur lequel ses hommes avaient respectueusement posé une couverture.

-         Elle est morte ? Avait demandé le chef.

-         Pas de pouls, pas de respiration, rien, avait dit le gendarme qui l’attendait sur les lieux.

-         Meurtre ? Demanda à nouveau Cyprien, incapable de faire des phrases entières.

-         Apparemment pas, il faut pratiquer l’autopsie. Elle n’a aucune trace d’étranglement, pas de coups, ni de blessures, pas de signes de lutte.

-         Suicide peut-être… ajouta le gendarme, manifestement troublé.

-         Fouillez les alentours, ramenez tout ce que vous pouvez trouver. Et embarquez le corps dans l’estafette, dit Cyprien parlant comme un automate.

Il retourna vers le véhicule et colla son téléphone à son oreille. Il appela les services médico-légaux  afin qu’ils dépêchent un médecin légiste dès qu’ils arriveraient à la ville voisine. Il entendit la voiture de Charlotte freiner sur les graviers de l’allée du bois. Elle descendit de la voiture et au visage qu’il lui montra, elle comprit et son pas se fit moins assuré.

-         C’est pas possible…

-         On mènera l’enquête jusqu’au bout… A moins que ce ne soit un suicide…

Charlotte ne répondit pas, elle savait qu’Alicia n’était pas au mieux de sa forme ces temps-çi, mais elle n’imaginait pas qu’elle aurait mis en scène sa mort de cette façon.

-         Ca ne lui ressemble pas, c’est presque théâtral, l’endroit et… Non, je ne crois pas…

-         Désolé, Charlotte…

Elle baissa la tête, encore hébétée par la nouvelle lorsque son portable sonna.

-         Allô ? Oui, non, bonjour Monsieur le Curé… Malheureusement… Comment ? Oui, il est avec moi. D’accord, d’accord.

-         Il est pressé d’avoir des clients lui ou quoi ? Grogna Cyprien à qui il ne fallait pas en compter avec les bondieuseries.

-         Il dit qu’il a quelque chose à nous montrer  à l’église de Garance…

-         Ca peut pas attendre ?

-         Apparemment, non, ça ne peut pas. Il avait l’air bouleversé…

La nouvelle se répandit plus vite qu’une traînée de soufre. Alicia Fairise avait été retrouvée, morte dans la forêt. La vie du village sembla s’arrêter. A la mairie, instinctivement, quelques conseillers se retrouvèrent, attendant Charlotte. Léonie Desprès arriva la dernière, blême et décomposée avec son mari. Elle  remarqua que la mère de Satine n’était pas là ainsi que le père d’Aristophane.

-         Elle nous a appelés, dit David, le premier adjoint. Satine est très choquée par la nouvelle, elle est restée avec elle.

Ils étaient tous massés dans le couloir et par la porte restée ouverte, Léonie vit passer Lucy Mayeur, le dos voûté et son panier de légumes à la main.

-         Mon pauvre Emilien, dit elle sans s’adresser à aucun d’entre eux. Voilà ton village bien éprouvé. Quand l’ange pleure, il faut laisser le destin éclater.

-         Elle est vraiment folle celle là, dit Baptiste en secouant la tête.

Baptiste n’était pas conseiller mais avait un rôle prépondérant dans la commune. Il était écrivain et jouissait d’une bonne popularité au sein de l’équipe municipale. Mais Léonie éprouva un malaise après le passage de Lucy et dut s’asseoir pour ne pas tomber. Charlotte passa en coup de vent, ne sachant que dire aux visages qui se tournèrent vers elle. Elle confirma que l’enquête allait démarrer, que des interrogatoires seraient organisés par la police qui venait prêter main forte à la gendarmerie dans un cas comme celui-ci et qu’il faudrait se rendre disponibles à toute heure.

-         Où est-elle ? Demanda Baptiste, en enfonçant les poings dans ses poches.

-         A l’institut médico-légal de Manet pour l’autopsie. Je dois partir, Cyprien m’attend. Je vous tiendrais au courant…

Elle laissa derrière elle un silence pesant. Léonie  et Thomas décidèrent d’aller rendre visite à la mère de Satine, pour ne pas rentrer et être obligés d’apprendre la nouvelle à Mila.

par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

Recherche

Album photos

 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus