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Mercredi 13 juin 2007

Léonie Desprès repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle poussa un soupir senti et éteignit l’écran de son ordinateur avec fatalisme. Ses recherches avaient été vaines, Nathan Messager semblait s’être évaporé dans la nature. Aucune trace dans l’annuaire téléphonique, aucune adresse même pas une poste restante. Il était près de deux heures du matin et elle n’avait rien trouvé. Elle s’apprêtait à se coucher lorsque le résultat d’une énième interrogation du  moteur de recherches lui lança une œillade encourageante : le nom de Sybille Messager, la sœur de Nathan, était apparu sur l’écran et elle résidait à Manet. C’était une première piste. Léonie nota scrupuleusement les coordonnées de celle-ci et alla se recoucher. Il faudrait alors convaincre Thomas qui dormait paisiblement, d’aller faire un tour là-bas le week-end prochain. Elle eut des difficultés à s’endormir à la fois excitée et contrariée par sa découverte. Sybille se montrerait-elle coopérative ? Savait-elle quelque chose ? La mort d’Alicia déchirait des voiles opaques et Léonie n’aimait pas ça mais elle savait qu’elle n’avait aucun autre choix. Elle s’endormit alors que l’aube pointait derrière les persiennes.

 

Gisèle Carmi faisait ses comptes sur la table de la cuisine, surveillant d’un œil les devoirs de sa cadette lorsque le téléphone sonna. Le proviseur du lycée où étudiait Satine demandait à lui parler. Elle imagina que son aînée avait séché un cours et s’attendait à avoir une information autoritaire de la part de cette sommité scolaire mais celui-ci lui demandait de venir chercher sa fille, victime d’un malaise en classe. Elle fit promettre à Elise de ne pas quitter la maison et de ne répondre à personne et sauta dans sa voiture. Lorsqu’elle arriva au Lycée Voltaire, elle retrouva Satine à l’infirmerie. Le proviseur l’y attendait avec le personnel soignant. Son cœur de mère ne fit qu’un tour en voyant sa fille, d’une pâleur diaphane, allongée sur un des lits du local.

-         Qu’est ce qui s’est passé ? demanda t-elle inquiète.

-         Votre fille s’est évanouie en classe, dit le proviseur. Visiblement, elle n’a rien mangé depuis plus de 48 heures ce qui explique sa faiblesse. De plus, elle semble très fatiguée.

Gisèle ouvrit de grands yeux, elle avait soupé avec Satine le soir précédent et ne se souvenait pas de l’avoir vue refuser la nourriture. Elle tourna un visage interrogatif et inquiet vers la jeune fille qui tourna la tête avec lassitude et plongea son regard vers la fenêtre ouverte.

-        Vous comprendrez, Madame Carmi, que nous ayons fait appel à un médecin mais également au psychologue scolaire.

-         Le psy ? s’étonna Gisèle. Pour si peu ?

-        D’après ses camarades et ses professeurs, Satine s’endort fréquemment en classe…

Gisèle sentit que la situation commençait à lui échapper et à glisser lentement vers l’incompréhensible. Sa fille, avec qui elle avait une complicité sans faille, semblait lui avoir caché une partie de sa vie… Elles rentrèrent toutes les deux à Garance. Gisèle essaya bien d’interroger sa fille mais celle-ci, très lasse, ne répondit que par bribe et s’endormit sur les derniers kilomètres. Elise les attendait avec impatience. Inquiète de voir le visage livide de sa sœur, elle s’empressa d’aider sa mère à la coucher dans sa chambre. Satine s’endormit aussitôt et elles s’esquivèrent pour la laisser se reposer. Elles étaient à peine redescendues dans la cuisine, le front barré par le souci lorsque Ari Delong sonna à la porte.

-         Est-ce que Satine est rentrée ? Elle va mieux ?

Il était passé chez les Carmi pendant l’absence de Gisèle et Elise, trop heureuse d’avoir quelqu’un à qui confier ses inquiétudes, lui avait fait part du coup de téléphone du lycée.

Gisèle lui proposa de s’asseoir, elle voulait lui parler. Elle lui posa quelques question sur le comportement de Satine, si celle-ci s’était plainte de quelque chose ou avait des problèmes qu’elle lui aurait confiés.

-         C’est important, Ari, il y va de sa santé, tu comprends ?

Ari comprenait mais il resta muet en assurant qu’il ne savait pas. Gisèle ne le crut pas mais elle le laissa partir après lui avoir promis qu’il pourrait venir voir Satine le lendemain. En sortant de chez les Carmi, Ari sentait son cœur cogner dans sa poitrine : il avait menti. Mais sa décision était prise, cela devenait trop grave pour taire plus longtemps ce qu’il savait. Il décida à pile ou face qui de Lucy Mayeur ou Charlotte Magani lui servirait de confidente. L’heure n’était plus aux explications ésotériques. Si Satine tombait malade, il se sentirait responsable. Il fila chez les Magani.

 

Baptiste Gun leva un sourcil étonné. Garance sur Rhône prenait les allures d’un village marqué au fer rouge du fait divers. La presse rapportait les faits avec sensationnalisme. Après la mort d’Emilien Cépa, celle d’Alicia Fairise, le bébé trouvé et maintenant une jeune fille hospitalisée. Il jugea les articles du correspondant local un peu trop dramatiques et le journal serré dans une main, il descendit la rue qui le séparait de chez Charlotte Magani. Il fallait arrêter ça avant que la presse à scandales ne transforme la paisible petite bourgade rurale en camp retranché.
par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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