Lorsque Léonie apprit la mésaventure du fourgon incendié, elle n'y prêta pas attention. Thomas, quant à lui, pensa secrètement que le destin avait épargné la vie de Nathan et il en
éprouvait un véritable soulagement malgré la rancoeur qu'il nourrissait pour cet homme qui se disait son ami et qui était partie du jour au lendemain sans crier gare.
Lorsque Cyprien fut remis de ses émotions, il lui fallut commander un nouveau véhicule de transfert mais dans le monde rural, ce type de fourgon était unique en son genre et il fallait faire
appel à une brigade du département voisin.
- Ils sont stupides, commenta Gisèle à Lucy Mayeur qui traînait encore sous ses fenêtres ce jour là. Ils peuvent le transférer en voiture banalisée.
- Ils gagnent du temps, c'est ce que les hommes font de mieux quand ils ignorent où ils vont dans leurs prospections, répondit la vieille en posant un panier rempli de légumes à ses pieds, tout
en soutenant son dos douloureux de l'autre main.
- Franchement, je suis persuadée que Nathan n'a rien à voir dans cette histoire.
- Ils ont trouvé le coupable idéal, dit la vieille. Ils ne verront plus rien d'autre à présent...
Gisèle soupira. Sa cadette rentrait de l'école par le bus de 18H00 et elle la vit remonter vers la maison en courant.
- Maman ! Maman ! Tu sais quoi ? L'ange pleure à nouveau à l'église !!! C'est Mila qui me l'a dit ! s'écria la jeune fille en arrivant essouflée à coté de sa mère.
- Si ca continue, on va avoir des cars de touristes qui vont venir en pélerinage ici, bougonna Gisèle. Une drôle d'histoire quand même...
Lucy Mayeur se signa, reprit son panier et son chemin, sans même saluer sa voisine.
Satine avait eu un léger malaise dans le bus scolaire, Ari s'inquiétait de la voir si pâle et ne cessait de vérifier qu'elle allait bien.
- C'est l'accident qui t'a impressionnée ?
- Non, je ne sais pas, j'ai eu comme un coup de chaud et j'ai cru m'évanouir mais ça va mieux maintenant, l'assura t-elle. Tu le connais toi, ce Nathan Messager ?
- Pas plus que ça, j'en ai très vaguement entendu parler par mon père.
- Il était bien apprécié dans le village, continua t-il en voyant le regard interrogatif et intéressé de la jeune fille. Mais un jour, il est parti sans tambour ni trompette. Mon père disait
que tout le monde était stupéfait et certains en colère parce qu'il avait de bons amis ici et aussi parce qu'il avait une maison.
- Et elle est devenue quoi la maison ?
- Elle a été longtemps fermée. Lorsqu'elle a été vendue, Emilien, à l'époque il était toujours maire, a raconté au conseil que la maison était telle qu'elle. Comme si il était parti travailler et
n'était jamais revenu.
- Tu veux dire qu'il avait tout laissé ?
- Tout, les meubles, les fringues, le frigo était presque plein.
- C'est bizarre de partir comme ça...
- Ouais, très zarbi, renchérit Ari. Tout a été vendu aux enchères.
- Alicia le connaissait bien ?
- J'en sais rien, tout ce que je sais c'est que le maire lui a proposé de reprendre la maison et qu'elle a refusé.
- Elle a refusé pourquoi ?
Ari scruta le visage de son amie que l'affaire semblait obnubiler.
- J'en sais rien, pis tu sais quoi ? On s'en fiche, c'était il y a près de trois ans et tout le monde a oublié Nathan depuis.
- Apparemment non, pas tout le monde... murmura Satine.
Lorsqu'ils descendirent du bus, elle demanda à Ari de lui montrer la maison qui avait été achetée il y avait à peine six mois par une famille venant de Paris. C'était une charmante vieille ferme
rénovée, aux persiennes violettes, un jardin entourait le bâtiment principal. Au fond, une grange servait aux actuels propriétaires de garage. Un berger des Pyrénées dormait sous un saule
pleureur.
- Elle me fait froid dans le dos cette maison, dit elle en réprimant un frisson.
- Pourquoi ? s'étonna Ari. Elle est sympa. Manque qu'une piscine, ajouta t-il.
- Je ne sais pas, quelqu'un a du beaucoup souffrir ici. Bon, je rentre à la maison, abrégea t-elle. A demain, Ari.
- A demain.
Il la regarda remonter la rue d'un pas rapide et secoua la tête. Il se demandait ce qui était arrivé à son amie qu'il trouvait de plus en plus étrange.
Plume