Le tourbillon de la vie m'entraîne chaque jour un peu plus vite, un plus enivrant, un peu plus épuisant à chaque fois.
Je le veux toujours plus rapide, toujours plus emballant, jusqu'à en avoir le vertige, pour que les jours défilent en accéléré et courent vers un avenir incertain et traversent l'automne sans
rien en voir. Les pages du calendrier s'envolent et c'est mieux comme ça...
C'est un twister, une tornade qui me laisse épuisée sur mon lit lorsque vient la nuit, pour ne laisser au sommeil la moindre parcelle de rêve à squatter.
Chaque jour, je me dis : je devrais ralentir, les sirènes des policiers vont finir par m'arrêter, quand j'aurais dépassé la limite mais aucune loi n'empêche cette course là.
Dans ce cyclone qui me sort de mon lit pour me jeter dans cette abîme de choses à faire, d'urgences à assurer, j'ai l'impression d'exister. Toujours plus vite, toujours plus d'activité,
multiplier la liste des priorités, partir sur tous les fronts en même temps et de temps en temps, s'en plaindre, en disant qu'on ne va pas résister et qu'il faut un peu breaker. Mais, les deux
pieds sur le frein, appuyer sur l'accélérateur avec ardeur.
Foncer et s'en plaindre pour le fun et ne pouvoir s'arrêter que lorsque le corps jette l'éponge, stop ! Il faut souffler.
Souffler n'est pas jouer, souffler c'est prendre un temps qu'on n'a pas à gâcher, à pleurnicher, à penser. Passez moi votre relais, je continue jusqu'au but que je ne connais même pas.
Se sentir en cavale, courir sans arrêt sans se retourner, pour ne pas se laisser rattraper par le spleen qui grouille de tous les côtés, dans le moindre fossé, lui faire un pied de nez et
passez la vitesse supérieure, pied au plancher. On se dit qu'à force, il va renoncer et peut-être nous oublier, au profit de la prochaine envolée.
Vivre dans l'urgence, tout le temps, sans s'arrêter, sans laisser à la pensée un seule chance de pouvoir me rattraper mais elle y parvient quelquefois, le matin, au réveil, quand elle me rappelle
à ma conscience et fait couler des larmes acides sous mes paupières encores fermées. Les larmes qui brûlent, c'est un euphémisme, elles sont là pour apaiser, pas pour blesser...
Alors, on refait le plein de vitalité et on repart sur des chapeaux de roues, trouvant, comble de la mauvaise foi personnifiée, le toupet de se plaindre d'être overbookée.
Parfois se demander ce qu'on va y gagner, sauf le soulagement de n'avoir pas vu le temps passé et l'espoir qu'il aura estompé une douleur qui met des plombes à se résorber.
Parfois, alors que la course me laisse un instant arrêtée, le souffle coupé, penchée sur mes genoux pour le récupérer, elle se rappelle à moi avec intensité. Il faut courir plus vite, plus loin,
plus, plus, plus.
Et quand le speed ne suffit pas, on voudrait courir plus loin, s'envoler, imaginer de belles échappées dans un pays qui ne nous connait pas, qui va effacer tout ça, y prévoir des visites, des
activités, des mers de calme et de sérénité, des soleils couchés dans l'eau, de la quiétude à respirer sous les dattiers, et s'en contenter. On verra ça pour plus tard, pour jamais, pour
l'instant le rythme ne doit pas retomber.
Le carburant est toujours au taquet du réservoir, il suffit de se gargariser des paroles d'une bohémienne, de s'en moquer et de crier bien haut qu'on n'en croit pas un mot, tout en sachant
qu'elles sont pourtant le seul moteur de notre puissante cylindrée.
Pied au plancher, serrer le frain à main pour faire des u-turn exaltants qui font fumer l'asphalte, on the road again...
Quand un van de grumes canadien hyperchargé arrêtera la course de mon bolide enfièvré qui viendra s'y écraser, au pire j'aurai fini d'échapper à mes poursuivants, au mieux l'un d'eux
m'aura enfin rattrapée pour me retenir, m'envelopper et me rassurer. Dans les deux cas, la course folle sera finie et je n'aurai plus rien à fuir... au paradis...
Plume propulsée
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