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Dimanche 7 octobre 2007

J'avais vécu des choses, des rencontres, ouais bref des trucs quoi.
Quand il est passé dans ma vie, j'ai laissé tomber mes vêtements de pluie, la carapace est tombée de mes épaules, naturellement avec aisance.

J'ai senti mes ailes se déployer comme dans un rêve et j'ai pu les défroisser, en lissant leurs couleurs éclatantes. Elles ont pris place dans mon dos pour me soulever de la terre boueuse et des flaques d'eau croupies.

Je me suis sentie si légère sans cette armure lourde et grise. 

Alors j'ai battu des ailes, sans y penser, et j'ai vu le monde d'en haut, dans un ciel si bleu et ma vision du monde en a été transformée : du monde j'ai vu la beauté, des hommes je me suis sentie plus proche, plus tolérante, pleine d'humanité. Et j'ai continué de monter. Sans voir que le soleil pouvait brûler le bout de mes ailes. Sa chaleur était si réconfortante, si douce, au-dessus de ce monde dont je ne percevais plus la grisaille et la tristesse. 

J'ai compris que cela devait être un avant-goût du grand Paradis.

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Puis, mes ailes ont ployé et je suis retombée sur cette terre que je n'étais pas pressée de retrouver.
Trop vite, bien trop vite mais j'avais touché le ciel et rien ne pourrait m'ôter cette vision irréelle.

Bien sûr maintenant, je suis à nouveau les pieds sur la pierre et les ailes de mes couleurs ont passé. Parfois, quand je les regarde, que j'en prends soin, que je les recouds - parfois en vain - car elles sont déchirées, je suis nostalgique des cieux où elles m'ont portée et je les arrose de larmes qui mélangent les couleurs en une palette barbouillée. J'ai voulu les plier, très soigneusement, pour les conserver en l'état, mais elles ne voulaient plus rentrer dans aucune chrysalide. Parfois, elles se secouaient toutes seules et s'étalaient en corolle dans mon dos, pour me faire comprendre que les souvenirs restent beaux et qu'ils doivent le rester malgré les apparences et la rigueur de la vie terrestre.

Elles ne se sont pas flétries, elles ne sont pas tombées, elles ne se sont pas collées à mon corps pour me rendre ma forme de larve avortée. 

J'ai du me résoudre à les laisser me suivre et parfois comme celles de l'Albatros de Baudelaire, ces ailes de géante me gênent pour marcher. Mais à aucun prix je ne m'en séparerai. Car je sais, si elles sont encore là, c'est qu'un jour, à nouveau, elles me feront voler vers ce ciel bleu qui parait si haut, si loin, si inaccessible vu d'en bas.

Et elles me tiennent hors de portée, d'un désespoir qui aimerait tant que je me réfugie dans ses bras. 
Elles me portent à chaque pas, et soulèvent parfois de quelques centimètres mes pieds de terre, pas plus que ça, mais c'est déjà beaucoup.

Aujourd'hui encore, elles se sont déployées le long de mes bras, pour ne pas laisser trop d'espace entre le ciel et moi, même s'il s'est éloigné de quelques pas encore...

Si j'ai pu traverser ça, c'est grâce au papillon que mon coeur protége. 

Alors, si jamais vous voyez mes ailes traîner sur le plancher, s'effilocher, et se ternir, prévenez-moi. 
J'irai chez le marchand de couleurs, comme on disait autre fois, tout au fond de mon coeur et chez la marchande de ruban où j'achéterai du fil coloré pour les réparer... 

Mais prévenez moi, prévenez moi s'il vous plaît...


Plume 

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par Plume publié dans : Griffesdeplume communauté : Les blogopotes de Cali
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