Ari attendait le bus avec fébrilité ce matin là sur la place de Garance. Il répondait distraitement à ses camarades et fixait le haut de la grand'rue. Satine n'était pas arrivée et
le transport scolaire serait là d'une minute à l'autre. Lorsqu'il se gara sur la place, Ari hésita à monter et se pencha une dernière fois en montant les quelques marches qui le hissaient dans le
bus. Mais Satine était invisible. Il faillit rebrousser chemin et foncer chez elle, inquiet mais les portes se refermèrent dans un claquement sec et il alla prendre sa place. Le véhicule
s'ébranlait et allait quitter la place lorsqu'un des passagers interpella le chauffeur pour qu'il fit une halte. Satine arrivait en courant. Il lui ouvrit les portes, lui fit promettre
d'être plus ponctuelle la prochaine fois et le bus prit la route. La jeune fille passa devant Ari sans le regarder et s'assied sur un fauteuil à quelques rangées derrière lui. Il n'osa pas se
retourner pour attirer son attention, il craignait son indifférence. Il décida d'attendre l'arrivée au lycée pour lui parler.
Assise à son bureau de maire, Charlotte écoutait le silence du lieu et ne parvenait pas à rédiger un banal courrier administratif qu'elle recommençait pour la énième fois. Lorsque la porte
s'ouvrit, elle échappa un petit soupir de soulagement : enfin quelqu'un qui allait dissiper le malaise qu'elle ressentait dans cette mairie vide. Baptiste passa la tête par la porte.
- Ah c'est toi ! dit elle en se levant. Tu veux un café ?
Il accepta et remarqua les traits tirés de la jeune femme.
- Fatiguée ?
- Cyprien est à bout, son enquête n'avance pas et Lucy Mayeur m'a laissé un message obscure sur mon répondeur. Je voudrais que cette histoire soit réglée, d'une part pour la paix des défunts mais
aussi pour celles des vivants,dit elle en apportant deux tasses et la cafetière fumante sur son bureau.
- Ca, ça va pas être possible, dit il en utilisant son expression favorite. A la veille des élections, les esprits s'échauffent et il va falloir être patient avant que tout cela se tasse. Que
disait Lucy ?
- Que parfois la solution est en face de nous mais tellement près que nous ne la voyons pas.
- Esmeralada n'aurait pas fait mieux avec sa boule de cristal, dit Baptiste en portant la tasse de café à ses lèvres. Il faillit cracher la gorgée qu'il venait d'avaler.
- Pouach ! Tu veux nous empoisonner ou quoi ? dit il avec une grimace de dégoût. C'est quoi ce café?
Charlotte constata qu'elle n'avait pas changé le filtre à café de la veille et que l'eau avait traversé une poudre déjà utilisée.
- Je suis perturbée décidément...
Baptiste et elle virent passer derrière les stores mis clos du bureau la vieille Lucy qui descendait au cimetière.
Ari suivait Satine qui avait pris la direction inverse du lycée en sortant du bus. Il marchait dans ses pas à bonne distance et elle ne semblait pas s'être aperçue de sa filature. Elle
marchait vite vers le centre social de l'enfance et il comprit qu'elle avait décidé de mettre son plan à exécution. Elle arriva devant la pouponnière et resta un moment à observer la
façade, les entrées et sorties et le passage du personnel qui se rendait à son travail. Elle allait pénétrer dans le bâtiment par l'entrée principale lorsque qu'un bras enserra le
sien.
- Attends, regarde !
Elle sursauta et vit Ari derrière elle qui lui indiquait une petite porte sur le coté d'où un agent venait de sortir du linge.
- En passant par là, on se fera moins remarquer.
Elle lui décrocha un sourire qui le fit fondre et accepta de suivre son idée. Le jeune homme pensa confusément qu'il s'embarquait dans des histoires compliquées et illégales mais il était
décidé à ne pas laisser Satine gérer ça toute seule. Ils s'introduirent dans la buanderie de l'établissement sans problème. Cachés derrière d'énormes paniers de linge, ils attendirent
de ne plus entendre de bruit dans le couloir pour se risquer dans l'établissement.
- Tu sais où est Cloé ? demanda Ari dont le coeur battait à tout rompre à la fois de sentir Satine serrée contre lui et de commettre un acte répréhensible et grave.
- Au rez-de-chaussée, au fond du couloir, nous y sommes presque, il faut se dépêcher avant que les nurses ne l'emmènent au Jardin des Jouets.
Ari pensa qu'elle n'en était pas à sa première visite, à la manière dont elle décrivait les lieux.
- Ok, on y va...
Les tambours du Bronx au fond de sa poitrine, il passa devant Satine et ils se glissèrent dans le couloir, filant comme des ombres jusqu'au dortoir des bébés. Celui-ci était vide mais on
entendait la voix chantante de la puéricultrice dans l'office, pièce ouverte sur les berceaux alignés.
- Elle est là, chuchota Satine en montrant le troisième petit lit. Il faut faire vite, la puéricultrice peut revenir d'une minute à l'autre.
Ari sentait son sang battre comme un fou dans ses tempes. Il vit Satine s'approcher du berceau, soulever un paquet de couverture et le blottir entre ses bras, puis elle revient vers
lui.
- Vite ! Heureusement on est arrivés avant elle ! Vite, il faut la mettre en lieu sûr !
Ari faillit lui dire que pour l'heure c'étaient eux les criminels et que la prise d'otage portait leur signature et non celle du pseudo meutrier mais il fallait sortir de cette souricière avant
de se retrouver devant le Capitaine Antinace qui était suffisamment à cran en ce moment pour les mettre en garde à vue pour le restant de leurs jours.
Le jeune garçon fut fasciné par la facilité avec laquelle ils réussirent à sortir de la pouponnière avec le bébé.
Ils se retrouvèrent derrière le parc de la petite ville et se cachèrent sur un banc entouré d'une haie touffue.
Satine posa le bébé sur ses genoux et découvrit le petite frimousse enfouie sous les cotonnades. L'enfant ouvrit les yeux , bougea ses petits bras et lui sourit alors que la jeune fille
posait un baiser sur son front.
Ari restait accroché au visage de la petite fille et lorsque Satine se tourna vers lui pour lui demander d'aller acheter un biberon de lait à la pharmacie, ce qu'elle lut dans
ses yeux la fit sourire.
- Tu as compris maintenant ?
- Je crois que oui, dit il. C'est la fille de Nathan c'est ça ? Elle lui ressemble, c'est dingue.... Mais comment tu le savais ?
- On jouera aux devinettes plus tard, il faut pas rester là. Lucy m'a promis de m'aider, il faut rentrer à Garance. Elle va venir la chercher et ils se rendront vite compte qu'elle a
disparu. Vite !
- Mais, tu dis "elle" ? Qui, elle ?
- Celle qui a tué Alicia !
- C'est une femme ??? Tout le monde disait que c'était Mattéo !
- Tout le monde dit tout et n'importe quoi, vite Ari ! Il faut mettre cette petite poupée en lieu sûr !
Plume
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