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Dimanche 22 avril 2007

Lorsque le téléphone a sonné ce jour là, comme d’habitude, en dévalant les escaliers, Mila s’est précipitée pour répondre la première. Toujours intiment persuadée, comme le sont les enfants, que cet appel la concernerait, qu’elle jouerait aux grandes pour répondre à l’interlocuteur. Mais elle ne reconnut pas la voix qui demanda à parler à sa mère. C’était une femme, qui la reconnut avant même qu’elle ne se soit présentée. Elle fit oui de la tête comme si on la voyait et courut chercher sa mère qui rêvassait en plantant des fleurs de printemps dans une vieille auge réhabilitée en massif.

- Maman ? C’est Charlotte !

Elle passa le combiné à Léonie qui prit le temps de secouer ses mains avant de s’en saisir.

-         Allô ? Oui bonjour, comment tu vas ? … Euh je ne sais pas, je l’ai vue hier soir et elle m’a dit à lundi. Tu as essayé sur son portable ? Ok, je comprends…

Elle se redressa et scruta le fond du terrain comme pour mieux réfléchir.

-         Oui, non je m’en doute. Je vais aller faire un tour chez elle dans la soirée pour la prévenir qu’on a besoin de ses services,  je te tiendrai informée.

Elle raccrocha, fronça les sourcils en essayant de relativiser. Charlotte avait la voix angoissée. Elle décida de ne pas attendre la fin de la journée et s’empressa de prévenir son mari qu’elle faisait un saut jusqu’au village voisin. Absorbé par ses travaux de rénovation, celui répondit évasivement et n’y prêta pas plus attention.

-         Qu’est ce qui se passe Maman ? demanda Mila, toujours en quête d’explications.

-         Rien, je vais voir Alicia, reste là.

Mais la fillette ne s’en laissa pas compter et grimpa dans la voiture dont le moteur grondait déjà. Léonie n’insista pas et fit les quelques kilomètres qui la séparaient du bourg voisin en silence, écoutant à peine le babillage de son enfant. Elle arriva à la maison qu’habitait Alicia, remarqua les volets ouverts, une fenêtre l’était aussi. En jetant un œil sous la porte du garage, elle vit les roues de la voiture. Mila, plus désinvolte, clancha la porte d’entrée et celle-ci s’ouvrit sans résistance.

-         Elle ne doit pas être bien loin, pensa tout haut Léonie.

Elles firent le tour de la maison mais n’y trouvèrent même pas le chat. Elle écumèrent le jardin, le chemin, sonnèrent même chez un voisin mais Alicia semblait s’être volatilisée.

-         Quelqu’un est venue la chercher, pis voilà, dit Léonie à bout de ressources.

-         Bizarre quand même que Mine n’est pas là, dit Mila en faisant toujours référence au chat.

Elle s’était mise à plat ventre pour chercher dans toutes les cachettes potentielles où l’animal se serait glissé sans résultat.

-         En tout cas, y a pas son sac, ni son portable, avait elle également observé.

Léonie s’assombrit mais ne dit rien. Elle remonta dans sa voiture et n’attendit même pas d’être rentrée pour appeler Thomas, son mari.

-         Y a un truc qui cloche là, lui dit elle. Est ce que tu peux faire un tour dans le village si tu vois Alicia ?

Thomas tomba des nues, c’était quoi cette nouvelle lubie ?

Elle dut prendre le temps de lui expliquer ses craintes en long en large et en travers.

-         Mais ! C’est rien, elle ne doit pas être bien loin. Je vais l’appeler sur son portable.

Alors qu’elle quadrillait  son village avec sa fille agrippée à la vitre, scotchée à une vision à 180° pour ne rien laisser au hasard, elle finit par aller sonner chez quelques connaissances d’Alicia. Mais personne ne l’avait vue. Elle s’empara de son téléphone, passa quelques coups de fil toujours sans succès. Elle atterrit en désespoir de cause chez Matéo. Il n’y avait aucune chance qu’elle ait pu s’y rendre à pied puisque 10 kilomètres séparaient son village du sien mais elle avait subitement besoin d’en référer à quelqu’un de moins speedé, qui prendrait les choses avec plus de recul et qui aurait peut-être une idée sans alerter Paris Match et VSD.

Matéo bullait devant sa télé et parut ravi d’avoir de la visite.

-         Alicia est chez toi ? demanda Léonie avant même qu’il eut le temps de la saluer.

-         Ben non, pourquoi ?

-  Qu’est ce que c’est que ce souk ?

Matéo comprit que quelque chose l’inquiétait. Il la fit entrer et l’interrogea. Il refit avec elle la liste de tous les endroits où Alicia pouvait être allée, emmenée ou à pied mais Léonie secouait la tête avec obstination.

- J’ai déjà vérifié tout ça, je comprends pas…

Thomas arriva sur ces entre faits.

-         Qu’est ce qu’elle nous fait la zessgon ? dit-il avec son franc parler. J’ai laissé 36 000 messages sur son portable, j’ai tourné dans tous les coins, elle est où ?

Il se gratta le front comme à son habitude quand il réfléchissait et dit à sa femme :

-         T’es sûre que t’as cherché partout ? Mais alors partout ?

-         Oui ! s’énerva un peu Léonie. J’ai appelé, j’ai vu du monde, je te dis qu’elle n'est nulle part.

-         Elle sera allée faire des courses, proposa Mila.

-         Sans voiture et un dimanche, ça me paraît difficile, même avec un lard-feuilles blindé ! commenta très justement son père.

Ils décidèrent de retourner chez Alicia tous ensemble mais rien n’avait bougé. Pas de messages sur son répondeur, pas de feuillet laissé, pas de trucs suspects comme dira Thomas.

-         Dans les films, ils parviennent à localiser quelqu’un avec son portable, où qu’il soit, suffit qu’il soit branché, dit Matéo croyant aider.

-         Et il l’est ! Puisque ça sonne plusieurs fois avant d’avoir la messagerie !

-         Et pour qui on va passer si on débarque au commissariat avec une histoire pareille ? Arrête, tu me fais flipper, dit Léonie qui commençait à se tordre les mains, signe d’une inquiétude grandissante.

-         On disparaît pas comme ça, on n’est pas dans Columbo, les raisonna Thomas. Vous regardez trop la télé !

-         N’empêche, dit Léonie en vérifiant une énième fois les documents sur le bureau de son amie. Si dans 48 heures, elle n’a pas donné signe de vie, j’appelle la police.

-         Elle est peut-être partie en stop ? Qui sait ? émit Matéo.

-         Avec son chat sous le bras, c’est cohérent ça ! répliqua Léonie que la situation rendait un peu agressive.

-         Ou enlevée par des extra- terrestres ! dit Mila avec la candeur de l’enfance. Ben si ça s’peut ! insista t-elle malgré l’œil courroucé de son père qui trouvait que la plaisanterie n’avait déjà que trop duré.

-         T’as appelé les hôpitaux ? dit soudain Thomas à Léonie, comme frappé d’une idée de génie.

-         Ouais ouais ouais, dit-elle. C’est fait. Mais pas d’Alicia.

 

par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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