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Mardi 22 mai 2007

 

 Charlotte Magani sentit qu’elle allait perdre son sang froid si la situation n’évoluait pas, le bébé prenait beaucoup de son temps, son mari ronchonnait à qui mieux mieux et elle ne savait plus où donner de la tête entre ses enfants, son travail et la mairie. Elle faillit abdiquer de tous ses rôles à la fois lorsque Cyprien l’appela ce soir là.

 -         Cette gosse n’appartient à personne, c’est impensable ! Il va falloir la confier à la D.D.A.S.S.

 -         C’est impossible, ça ! dit elle. Elle a forcément une mère quelque part !

 -         Fatalement, reconnut Cyprien. Mais ce n’est pas banal d’abandonner son enfant dans une église. Et d’ailleurs, j’ai eu les résultats de l’analyse du liquide trouvé sur l’ange, le chimiste est formel, c’est bien du sang.

 Au conseil municipal du même soir, Charlotte crut bon d’en informer ces conseillers. Les uns firent la moue, d’autres se montrèrent sceptiques et d’autres sarcastiques. Aucun d’entre eux ne voulait entendre une explication irrationnelle, le paranormal n’était qu’une fumisterie voir une blague de potaches. Léonie ne donna pas d’avis, elle réfléchissait. Elle aussi ne croyait pas à l’ésotérisme mais elle était forcée d’avouer que certaines coïncidences faisaient froid dans le dos. Elle n’avait pas l’esprit à la réunion, elle voulait comprendre et le mieux qu’elle pouvait faire c’était d’aller trouver Nathan. Mais elle ne savait ni ou le trouver ni comment le contacter. Elle allait mener une petite enquête de son coté.

 Il y avait quelques mois que Nathan Messager avait quitté le canton. Il habitait la commune voisine et était journaliste. Il était bien connu et apprécié à Garance et puis il était parti, comme sur un coup de tête, un soir de novembre. Léonie ne lâcha pas son idée fixe de toute la séance, il lui fallait retrouver Nathan avant d’être obligée de continuer de cacher des faits à une police dont l’enquête finirait pas révéler qu’elle ne leur avait pas tout dit.

 Elle en parla le soir à Thomas qui bondit, assis sur son lit.

 -         Attends mais t’es folle ? Il n’en a rien à cirer de nous, de tout çà. Il l’a prouvé non ?

 -         Je voudrais juste lui parler, l’informer pour Alicia.

 -         Attends, il ne vit pas au fin fond de la jungle depuis des siècles ! On en a même parlé aux infos régionales, tu crois qu’il a pu louper ça ? Il s’en fout oui !

 -         Peut-être bien, dit Léonie têtue. Mais je me sentirai mieux après. Il faut que je le retrouve…

 -         Bad idea, very bad idea ! commenta Thomas qui utilisait la langue anglaise quand il trouvait le français trop fade pour exprimer ses pensées.

 Satine Carmi se promenait avec la petite Cloé lorsqu’elle passa devant l’école. Elle y croisa Ari qui faisait semblant d’être concentré sur la roue avant de son scooter pour masquer son attente. Il l’attendait depuis un moment, guettant les allers et venues chez Charlotte. Il avait vu la jeune fille sortir avec la poussette et savait qu’elle allait passer devant lui.

 -         Salut Ari, dit celle-ci en lui souriant.

 Il répondit de la même façon.

 -         Ca va ? Tu t’occupes toujours du bébé ?

 -         J’aide Charlotte, dit elle en rabattant la capote pour protéger la petite du soleil.

 -         As tu revu Lucy ? demanda t-il de but en blanc.

 Satine pâlit et secoua la tête.

 -         Non…

 -         Tu ne fais plus de cauchemars alors ?

 Elle regarda autour d’elle d’un air apeuré pour voir si personne n’avait entendu les propos de son camarade.

 -         Si… Enfin, c’est bizarre…

 -         Tu as encore rêvé d’Alicia ? demanda t-il en poussant son scooter devant lui pour la suivre.

 -         Mais tais-toi ! dit elle avec effroi. Je t’ai dit de ne pas en parler ! Si les gens savaient, on me traiterait de folle !

 -         Tu ne m’as pas répondu…

 -         Je… je ne sais pas en fait si j’ai rêvé ou si j’ai trop d’imagination, dit elle dans un murmure.

 -         Satine, tu vois des choses dans tes rêves et celles-ci se réalisent et…

 -         Tais toi ! lui intima t-elle avec fermeté. C’est un hasard, c’est tout.

 -         Avant tu me racontais tout… dit il avec une voix empreinte de regret.

 La jeune fille soupira et, secrètement trop contente de se débarrasser d’un poids, prit la direction du bord de l’eau et l’invita à la suivre.

 -         Il ne faut pas que tu en parles, lui dit elle en s’arrêtant sous un saule, après s’être assurée à nouveau que personne ne les écoutait. A personne ! Tu entends ? Les gens diraient que je suis cinglée et Maman voudrait m’envoyer chez un psy !

 -         J’ai jamais rien dit, se défendit Ari avec justesse.

 -         C’est trop grave, Ari, trop grave, tu comprends ? Je rêve et des gens meurent et maintenant la voix me dit qu’elle a besoin de moi et j’ai peur ! Tu comprends ça, j’ai peur !!!

 Ari vit une crainte mêlée de fascination sur le visage expressif de son amie, à la fois inquiète et admirative des phénomènes dont elle était le jouet.

 -         Si tu ne veux plus en parler à Lucy, il faut le dire à Charlotte, ou à Léonie, dit Ari. C’est très important, et ça peut aider à trouver le meurtrier, Satine !

 -         Tu regardes trop la télé ! lui lança t-elle avec une fausse ironie. On n'est pas en Amérique ici.

 -         Alors comment savais-tu la nuit où elle est morte qu’Alicia était en danger ?

 -         Je ne sais pas, je ne sais pas ! Elle… Elle me l’a dit, c’est tout !

 -         Et est ce qu’elle t’a à nouveau parlé dans tes rêves ?

 -         Oui… lâcha Satine dont les mains tremblaient sur les poignées de la poussette.

 -         Et alors ?

 -         Et alors rien ! Elle vient, je la vois, elle ne dit plus rien en ce moment.

 -         Tu mens !

 -         Et puis ça ne te regarde pas ! Laisse moi !

 Elle fit demi tour sur les graviers et partit à vive allure vers le jardin des Magani. Ari essaya de la retenir mais en vain. Il secoua la tête et prit la direction opposée. Il décida de prendre son courage à deux mains et d’aller trouver Lucy Mayeur. Il lui ferait cracher la vérité, ce qu’elle avait dit à son amie et pourquoi celle-ci changeait et devenait distante. Satine avait raison, elle serait jugée, traitée d’adolescente fantasque et pertubée si les gens savaient. Il lui fallait regagner sa confiance car elle était très méfiante depuis ses rêves prémonitoires et il ne voyait pas d’un bon œil cette attention déraisonnée qu’elle avait pour le bébé.

 Si Lucy Mayeur l’envoyait paître, il parlerait à Léonie Després ou même à Charlotte. Il eut beau y réfléchir, il ne trouvait pas vraiment d’interlocuteur privilégié….

  Plume

 

par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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