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Dimanche 24 juin 2007

Satine s’était prêtée de bonne grâce aux examens du médecin de la famille venu lui rendre visite ce matin là. Il lui trouva une petite mine, une tension anormalement basse et une anémie attestée. Il l’interrogea sur son état mais elle ne donna aucune réponse satisfaisante. Gisèle Carmi l’avait appelé au chevet de sa fille après la nuit cauchemardesque qu’elle avait passé auprès de Satine. Dans son sommeil, la jeune fille avait crié puis parlé. Ses propos étaient décousus comme ceux d’un patient emporté par la fièvre. Elle avait tenté de la calmer mais Satine était très agitée, elle avait balbutié qu’il lui fallait retrouver Cloé, que le bébé était en danger loin d’ici et que le troisième chêne de l’enfer était le seul témoin de la mort d’Alicia. Très inquiète, Gisèle avait réveillé sa fille qui ne se souvenait plus de rien à son réveil. Du moins, le soutenait-elle mais on pouvait lire dans ses yeux qu’elle était consciente de ce qui la bouleversait. Au matin, elle avait refusé son petit-déjeuner et avait demandé qu’on la laisse dormir encore un peu.

-         Si tu ne manges pas, nous seront obligés de t’emmener à l’hôpital, l’avertit le médecin de famille. Tu devrais faire un effort, tu sais…

Satine promit de s’alimenter. Dans ses plans, il était hors de question qu’elle soit privée de son autonomie. Gisèle attendait avec impatience que le médecin sorte de la chambre pour l’interroger.

-         C’est une petite dépression, lui dit il avec précaution. Et nous allons veiller à ce que ça n’aille pas plus loin, par exemple vers l’anorexie. Soyez attentive à ses repas et vérifiez qu’elle n’aille pas se faire vomir ensuite. Je pense qu’il serait vraiment sage de la faire consulter, un psychologue sera plus apte que moi à l’aider. Il y en a un très compétent au centre hospitalier de Manet.

-         Manet !!! Mais ce n’est pas la porte à coté ! s’exclama Gisèle.

-         Oui, mais c’est une promesse de résultats assurée, dit il en se voulant rassurant. En revanche, savez-vous pourquoi elle semble porter tant d’attention au bébé trouvé ? Elle m’a demandé à plusieurs reprises si elle pouvait aller la voir à la pouponnière…

Gisèle raconta qu’elle s’était sentie investie du rôle de gardienne de cette enfant à la minute où elle l’avait rencontrée chez Charlotte Magani.

-         C’est souvent comme ça chez les adolescentes, elles ne jouent plus à la poupée mais se sentent petite mère en même temps, dit il pour minimiser ses propos et rassurer Gisèle qu’il sentait prise de panique. Reposez vous, Gisèle et ne vous affolez pas, c’est juste une question de temps, il n’y a rien de grave.

 

Sybille Messager ouvrit la porte de sa maison sur des visages qui lui étaient parfaitement inconnus. Elle se montra néanmoins affable et les fit entrer lorsqu’ils évoquèrent Nathan.

-         Vous avez de ses nouvelles ? leur demanda t-elle en les faisant asseoir.

Thomas et Léonie se regardèrent : ça commençait mal. Ils comptaient sur elle, justement, pour leur en donner. Elle secoua la tête d’un air attristé.

-         Malheureusement, je ne peux pas vous aider. Il n’a donné aucun signe de vie depuis deux ans au moins.

-         Et personne de votre famille ne l’a revu depuis tout ce temps ? demanda Léonie qui n’avait pas l’habitude de perdre la partie si facilement.

-         Mon autre frère peut-être mais cela m’étonnerait, dit Sybille en leur servant du café. Vous habitez Garance, c’est ça ?

-         Oui, dit Léonie. Le village dont tout le monde parle en ce moment, à cause du meurtre entre autre.

-         Oui, j’ai lu ça dans les journaux. C’est affreux ce qui est arrivé à cette jeune femme, et ce bébé trouvé…

-         A propos…

Léonie n’avait pas quitté sa maison sans cartouches et elle sortit une photo de son sac à mains.

-         Est ce que ce visage vous dit quelque chose ? Est ce que vous l’avez déjà vue ?

Thomas jeta un œil sur le cliché. C’était une photo d’Alicia avec Mila, prise à la fin de l’été.

-         Non, je ne la connais pas. C’est elle la victime ?

Léonie rangea la photo dans son sac sans insister.

-         Oui, c’est elle. C’était une amie à nous…

-         Comme l’était Nathan à l’époque, ne put s’empêcher d’ajouter Thomas tout en regardant Mila qui avait jeté son dévolu sur le chat de la maison.

-         Oui, je crois que je me souviens maintenant, nous nous sommes déjà rencontrés n’est ce pas ?

Ils évoquèrent la fête commune dont ils avaient été les invités.

-         Nathan était heureux ce jour là, se souvint Sybille avec nostalgie. Il me manque beaucoup…

-         Si je peux me permettre, dit Léonie qui n’avait pas fait tout ce chemin pour repartir bredouille, quitte à bousculer les conventions. Vous avez eu vous même de gros soucis il y a quelques années…

-         Oui, avoua Sybille. Et il m’a beaucoup soutenu, sans lui je ne sais pas ce que je ferais…Je vous ressers du café ?

Thomas et Léonie refusérent et se levèrent pour prendre congé. Ils avaient encore à faire. Léonie griffonna quelques chiffres sur un papier et juste avant de partir, le tendit à Sybille.

-         C’est mon numéro de téléphone portable. On ne sait jamais, si vous aviez des nouvelles un jour, appelez moi.

-         Sans faute, dit Sybille avec un sourire léger. Ca m’a fait plaisir de parler avec vous. Bonne journée.

Ils remontèrent dans la voiture sans un mot. Thomas prit le volant et soupira :

-         La piste s’arrête là, Scully, dit il avec humour en faisant allusion aux personnages d’X-files.

-         Pas sûre, dit Léonie qui suivait son idée. Car je suis persuadée qu’elle nous a menti…

-         Hein ? Mais pourquoi ?

-         Elle s’est trahie, tu n’as pas remarqué ? A un moment, elle a dit «  Sans lui, je ne sais pas ce que je ferais », ce qui veut dire qu’elle le voit encore.

-         Elle a peut-être voulu dire «  ce que j’aurais fait », dit Thomas qui ne voyait pas matière à penser dans cela.

-         Nan, c’est un lapsus révélateur. C’est pour ça que je lui ai laissé mon numéro et quand elle l’a pris, elle m’a regardé dans les yeux mais elle a rougi, je l’ai vu et ses mains tremblaient.

-         C’est vrai ça, elle a eu du mal à plier le papier, confirma Mila observatrice assidue.

-         Et en plus, elle a dit ne pas connaître Alicia avant même que je pose la photo à l’endroit devant elle… c’est bizarre… pensa tout haut Léonie.

Thomas ne dit mot. Si Léonie disait vrai, les recherches ne faisaient que commencer.
par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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