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Dimanche 24 juin 2007

Charlotte Magani fit le tour de la maison. Elle avait frappé plusieurs fois à la porte de Lucy Mayeur mais celle-ci n’avait pas répondu. Charlotte avait remarqué ses sabots dans la véranda et savait que la vieille femme les portait toujours pour sortir. Elle contourna la maison et aperçut une silhouette dans le jardin. Elle s’avança vers la septuagénaire et la salua cordialement.

-         Bonjour Madame Mayeur, vos fleurs sont magnifiques.

-         Inutile de me flatter, ma fille, répondit Lucy sans même lever la tête. Je sais pourquoi tu es là. Ote toi de là, dit elle en la faisant quitter l’allée gravillonnée.

Charlotte ne s’offusqua pas du comportement quelque peu cavalier de la vieille dame. Elle obtempéra et relança la conversation :

-         Excusez moi, je pourrais vous parler ?

-         Mais oui tu peux me parler, Gamine. Depuis quand met-on des mômes à la tête de la mairie ? Le monde tourne à l’envers je vous jure… ajouta t-elle comme pour elle même.

-         Madame Mayeur, qu’avez vous dit à Satine Carmi ? renchérit Charlotte sans se laisser décontenancer par les provocations de Lucy.

-         Ce qu’elle voulait savoir.

-         Mais encore ?

-         Ecoute, ma petite, ces histoires te dépassent. Reste dans ta mairie à griffonner du papier et oublie tout ça d’accord ?

-         Je vous trouve bien catégorique pour quelqu’un qui passe son temps au cimetière ! lâcha Charlotte que l’attitude irrévérencieuse de la vieille femme finissait par agacer.

Elle avait fait mouche. Lucy leva un œil inquisiteur sur elle et la dévisagea avant de soupirer.

-         Ah c’est vrai, c’est toi la petite dont m’avait parlé Emilien. Il croyait en toi… Bon et généreux comme il était, il pensait que tout le monde était capable… Enfin, soit, dit elle en lavant ses mains terreuses dans un petit seau d’eau de pluie. Tu récupères un village qui s’enflamme avec des évènements que tu ne maîtrises pas et ce ne sont pas des arrêtés ou des délibérations de scribouillard qui arrangeront tout ça…

-         Emilien n’a pas eu le temps de tout m’apprendre… dit Charlotte jouant la carte de l’humilité.

-         Assurément, dit Lucy. Mais viens par ici, tu as un regard honnête et le sourire qui va avec. Je peux peut-être t’aider…

Charlotte remarqua, sans en faire mention, que le langage de la vieille femme pouvait être familier tout autant que châtié. Où avait-elle appris cette culture là ? Courbant le dos, Lucy Mayeur la précéda jusqu’à la cuisine de la maison où elle lui servit un thé aromatique. Et avant même que Charlotte ne lui pose d’autres questions, elle raconta à la jeune femme l’histoire du village.

-         Garance ne fait pas exception, il y a ici des bons et des mauvais. La véritable alchimie est de faire cohabiter des êtres très différents et pas toujours responsables de leur propre destin. Néanmoins, tu dois savoir que Garance renferme bien des secrets. Il y a ceux que tout le monde croit connaître et qui courent les rues et puis il y a ceux que personne ne sait sauf quelques uns et ceux là sont les plus lourds. Car ils ne survivront pas à la lumière du jour. Sais- tu que là où est morte Alicia Fairise est un lieu dit de la forêt qui s’appelle « En Enfer » ?

-         Vous plaisantez ?

-         Vérifie sur les plans cadastraux et tu verras. Cette gosse a été tuée par autre chose que la main d’un homme ou que la griffe d’un animal. Vos médecins qui cherchent et cherchent encore en dépeçant un corps qui n’a rien demandé…

-         Je vous en prie… murmura Charlotte, choquée de tant de réalisme irrespectueux.

-         Il faut appeler un chat un chat, ils ne trouveront pas la cause de la mort car ça les dépasse. Il leur faut des causes rationnelles, des balles de gros calibre, des cordes qui étranglent, des mains qui étouffent mais ils ne trouveront rien de tout ça. Cette môme est morte à cause de la folie des hommes et de leur entêtement à renier leur foi et à croire en quelque chose d’autre que l’argent, la guerre et l’honneur.

Charlotte écoutait les paroles de la vieille, presque fascinée. Elle s’exprimait comme un professeur ou un poète ou même un avocat. Mais qui était donc Lucy Mayeur ? Tout le village semblait ne l’avoir connu qu’âgée, traînant ses guêtres dans les rues poussiéreuses, psalmodiant et râlant. Les enfants la traitaient de pauvre folle, les adultes ne manquaient néanmoins jamais de la saluer et les plus âgés étaient persuadés qu’elle était la doyenne de tous.

-         Mais tu n’es pas venue pour un cours sur l’historique de Garance, pas vrai ?

-         Je voudrais savoir ce qui se passe avec Satine.

-         Elle détient la clef du crime, dit Lucy en souriant. Mais elle ne le sait pas encore. Elle est porteuse de la voix de celle qui s’est tue. Laisse là aller son chemin, elle ne craint rien.

-         Mais vous voulez dire que le meurtrier est parmi nous ?

-         Ca, je n’en sais rien, seule Satine le sait mais elle n’en a pas conscience encore. Un peu de patience, fillette, laisse passer le temps.

-         Et si d’autres personnes sont tuées ou menacées ? Vous croyez que je vais attendre tranquillement qu’on égorge tous les habitants ?

-         Tu n’as pas le choix. Et de toute façon, ce ne sera pas le cas. Emilien veille.

Ces derniers mots firent brutalement retomber la colère mêlée de crainte qui avait emporté le jeune maire.

-         Tu vois, tu le sais, confirma Lucy avant même qu’elle ne réponde. Alors, ai confiance et laisse faire le temps et les choses reprendront leur place.

-         Et le bébé trouvé ? Vous avez une explication à cela ?

Une ombre passa sur le visage de Lucy, Charlotte frissonna sans trop savoir pourquoi.

-         Cette petite fille est simplement venue éclairer vos lanternes. Il y a des coïncidences quelquefois.

Mais Charlotte ne se satisfit pas de cette explication là et Lucy le sentit mais elles se quittèrent sans ajouter un mot, après avoir échangé les politesses d’usage.

Plume

par Plume publié dans : Les ailes de l'Ange
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Commentaires

J'adore ton style! Ca donne envie de connaître la suite! Bravo :)
Et merci pour ton commentaire, c'est gentil :)
commentaire n° : 1 posté par : zazette (site web) le: 25/06/2007 13:32:38

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